<?xml version='1.0' encoding='UTF-8'?><?xml-stylesheet href="http://www.blogger.com/styles/atom.css" type="text/css"?><feed xmlns='http://www.w3.org/2005/Atom' xmlns:openSearch='http://a9.com/-/spec/opensearchrss/1.0/' xmlns:georss='http://www.georss.org/georss' xmlns:gd='http://schemas.google.com/g/2005' xmlns:thr='http://purl.org/syndication/thread/1.0'><id>tag:blogger.com,1999:blog-950988953877359822</id><updated>2011-07-07T19:50:59.934-07:00</updated><category term='nouvelles'/><category term='L&apos;île dérobée (titre provisoire)'/><category term='La part du lion (roman épistolaire)'/><title type='text'>Sunday, mon cul !</title><subtitle type='html'></subtitle><link rel='http://schemas.google.com/g/2005#feed' type='application/atom+xml' href='http://sundaymoncul.blogspot.com/feeds/posts/default'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/950988953877359822/posts/default?max-results=100'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://sundaymoncul.blogspot.com/'/><link rel='hub' href='http://pubsubhubbub.appspot.com/'/><author><name>Renaud Brébant</name><uri>http://www.blogger.com/profile/05719051777876552223</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='20' height='32' src='http://2.bp.blogspot.com/_F4n6-qVMhBw/Sj5plOYR_VI/AAAAAAAAAEA/yfPSwwy2mZA/S220/ntt.JPG'/></author><generator version='7.00' uri='http://www.blogger.com'>Blogger</generator><openSearch:totalResults>20</openSearch:totalResults><openSearch:startIndex>1</openSearch:startIndex><openSearch:itemsPerPage>100</openSearch:itemsPerPage><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-950988953877359822.post-6000754132445335147</id><published>2010-05-23T09:16:00.000-07:00</published><updated>2010-05-23T09:18:05.996-07:00</updated><title type='text'>Fin (?)</title><content type='html'>C'est l'histoire d'un mec qui ne finit jamais ce qu'&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/950988953877359822-6000754132445335147?l=sundaymoncul.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/950988953877359822/posts/default/6000754132445335147'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/950988953877359822/posts/default/6000754132445335147'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://sundaymoncul.blogspot.com/2010/05/fin.html' title='Fin (?)'/><author><name>Renaud Brébant</name><uri>http://www.blogger.com/profile/05719051777876552223</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='20' height='32' src='http://2.bp.blogspot.com/_F4n6-qVMhBw/Sj5plOYR_VI/AAAAAAAAAEA/yfPSwwy2mZA/S220/ntt.JPG'/></author></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-950988953877359822.post-783733645865044700</id><published>2010-03-20T09:56:00.000-07:00</published><updated>2010-03-20T09:58:02.656-07:00</updated><category scheme='http://www.blogger.com/atom/ns#' term='La part du lion (roman épistolaire)'/><title type='text'>La part du lion (neuf, à finir / revoir)</title><content type='html'>Je souhaiterais, si tu me lis encore, te ramener aux jours amers qui ont précédé ton départ. D’artiste, tu t’étais faite commerçante, pratiquant le rond de jambe avec tant d’ardeur que de multiples contractions musculaires t’accablaient.  &lt;br /&gt;Ton tour de cuisse augmentait en même temps que ton carnet d’adresses et, le soir venu, je n’aurais pu les faire s’ouvrir en m’aidant d’un cric. Un équateur en pointillés scindait en deux notre couche commune, dans ta moitié régnait un microclimat polaire qui triomphait des sexes les mieux érigés. Il te poussait des poils acérés en des recoins que je pensais en friche, les pores de ta peau s’étaient dilatés jusqu’à ressembler à de petits impacts de balle. Tes aisselles distendues laissaient voir un cœur dans lequel je ne trouvais plus ma place, et qui ne battait vraiment que lorsque s’offrait une occasion de promouvoir ton talent. Plus tu t’enlaidissais, plus les portes te claquaient au visage, et chaque négociation qui n’aboutissait pas se retrouvait sur ton corps sous forme de capitons, de plaques d’eczémas, de zébrures disgracieuses. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Ma pauvre Agnès, dire que tu t’es laissé aller serait bien en dessous de la vérité.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Je bandais pourtant, dès les premières lueurs de l’aube, tu t’offusquais alors de ne pas en être l’instigatrice. M’autoriser à te faire l’amour dans ces conditions serait revenu à patauger dans mon subconscient, ce braquemart de rêve n’était autre que le greffon d’un moi nocturne et volage, un intrus qui se dégonflerait comme une baudruche au contact de la réalité. Les yeux fixés au plafond, où courait une lézarde apparue peu de temps après notre emménagement, je prenais en charge ma délivrance pendant que tu sucrais ton café.&lt;br /&gt;Je ne bandais pas moins quand ta silhouette vacillante me rejoignait dans l’obscurité, charriant le parfum écœurant des lubrifiants sociaux, encore vibrante de la musique des masques. Il arrivait alors que tu me manipules du bout des doigts, avec d’infinies précautions, comparables à celles qu’on prendrait face à un lingot d’uranium. Peut-être me confondais-tu avec un de ces squales aux dents longues que tu cherchais à appâter, quitte à laisser ta peau dans une mer bien trop vaste pour toi. Peut-être aurais-tu poussé la déformation professionnelle jusqu’à glisser ton script sous mon oreiller, si je n’avais pas systématiquement trahi mon identité en laissant échapper un râle. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;La confusion dissipée, tu déposais sur ma tempe un baiser moqueur, avant de me tourner le dos.&lt;br /&gt; &lt;br /&gt;J’épuisais mon répertoire de poses lascives, passant de l’une à l’autre avec la frénésie d’un néon clignotant de peep-show. Je changeais quatre fois de coupe de cheveux et me faisais tatouer un dessin suggestif au creux de l’aine, j’allumais des bougies par dizaines et faisais brûler de l’encens, la scène prenait des airs de messe noire. Je tentais de provoquer ta jalousie en passant des coups de fil nimbés de mystère jusque tard dans la nuit, confessant mes secrets les plus intimes à la voix synthétique de l’horloge parlante. Je portais mon sexe en bandoulière, je l’exposais en toute occasion dans l’espoir d’éveiller l’attention, la compassion, le dégoût, n’importe quoi plutôt que l’indifférence obstinée que tu lui opposais. Mon sexe devenu corps étranger, parasite importun que tu rejetais comme de la nourriture avariée, condamné à frapper aux portes du plaisir sans jamais s’y voir invité, butant contre ta chair comme un taureau aveuglé par la rage et le sang. Mon sexe réduit au rang de poids mort, de jouet, petit roi fantoche qu’on moque et pointe du doigt, tout juste bon à pisser sa peine avant de se retrancher dans sa sombre forêt, colonne dardée vers ton ciel dont j’étais le stylite solitaire. […]&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/950988953877359822-783733645865044700?l=sundaymoncul.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/950988953877359822/posts/default/783733645865044700'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/950988953877359822/posts/default/783733645865044700'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://sundaymoncul.blogspot.com/2010/03/la-part-du-lion-neuf-finir-revoir.html' title='La part du lion (neuf, à finir / revoir)'/><author><name>Renaud Brébant</name><uri>http://www.blogger.com/profile/05719051777876552223</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='20' height='32' src='http://2.bp.blogspot.com/_F4n6-qVMhBw/Sj5plOYR_VI/AAAAAAAAAEA/yfPSwwy2mZA/S220/ntt.JPG'/></author></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-950988953877359822.post-1745584486073268504</id><published>2010-02-10T10:12:00.000-08:00</published><updated>2010-02-10T10:14:48.773-08:00</updated><category scheme='http://www.blogger.com/atom/ns#' term='La part du lion (roman épistolaire)'/><title type='text'>La part du lion (le vrai sept qui vient avant l'autre)</title><content type='html'>Lorsque j’ouvre les yeux, un rectangle de lumière encadre mes pieds nus, sans que je puisse déterminer s’il s’agit d’une aube ou d’un crépuscule. Ma barbe a poussé de guingois et me fait l’effet d’une volée d’échardes reçue en plein visage. Des feuilles de papier sont dispersées aux quatre coins de la pièce, certaines encombrent mes jambes et semblent avoir servi de couverture improvisée, d’autres sont chiffonnées, déchirées ou mordues, plusieurs sont couvertes de dessins anatomiques approximatifs et d’annotations illisibles. Je suis assis sur le fauteuil de ta mère, j’attends que ses motifs géométriques s’étendent à ma peau comme une maladie de pacotille. Mes doigts sont restés crispés sur la télécommande qui pointe vers un écran neigeux. J’aperçois mon reflet, immobile et trouble, comme privé de regard.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;La présentatrice du journal télévisé apparaît subitement, bien que je ne me souvienne pas l’avoir convoquée. Elle s’est autorisé un soupçon de fantaisie vestimentaire qui contraste avec la solennité de sa posture, une broche d’apparence précieuse luit à l’endroit de son cœur. A son visage se substitue celui d’une vieille femme ensablée jusqu’au front, pleurant au pied d’un monceau de chair fumant qui fût sans doute un fils, un mari ou un frère, peut-être un peu de tout cela. En fait de pleurs, il faudrait parler de grincements, adressés tant au ciel noir d’engins volants qu’au malheureux perchiste, qu’on imagine paniqué devant telle hystérie. Ses mains fripées qu’elle tord et malmène lui donne l’allure d’une énorme mouche en plein époussetage. Un rire nerveux m’échappe  lorsqu’elle manque trébucher sur une irrégularité de la route, mais déjà la caméra se détourne d’elle et s’attarde sur un immeuble éventré dont s’échappent de courtes flammes jaunes. Je renoue avec l’ennui tandis qu’un reporter à l’air soucieux prononce des mots que je ne comprends pas, ou est-ce l’ennui qui renoue avec moi ? Une démangeaison persistante au niveau du périnée me force à rompre avec l’immobilité et à effectuer toutes les contorsions nécessaires à mon soulagement.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Alors que je m’efforce de retrouver une position plus confortable, je remarque que la télévision affiche désormais l’image d’un lionceau hirsute, boulottant piteusement un quartier de viande sous les regards convergents d’une vingtaine de badauds. Je sens mon cœur se serrer à mesure que la scène se précise, le décor verdâtre du zoo, la grotesque parodie de jungle baignant dans l’eau croupie, les visages boursouflés mimant l’attendrissement de derrière les appareils photos. La détresse animale est d’autant plus poignante qu’elle n’est pas formulée, tout juste le petit être émet-il un feulement enroué en direction de la foule, qui redouble d’exclamations. Je repense à cette légende qui évoque un lion insufflant la vie par les naseaux de trois mort-nés, et suspecte celui-ci d’avoir été ranimé par un bienfaiteur asmathique. [ . . . ]&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/950988953877359822-1745584486073268504?l=sundaymoncul.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/950988953877359822/posts/default/1745584486073268504'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/950988953877359822/posts/default/1745584486073268504'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://sundaymoncul.blogspot.com/2010/02/la-part-du-lion-le-vrai-sept-qui-vient.html' title='La part du lion (le vrai sept qui vient avant l&apos;autre)'/><author><name>Renaud Brébant</name><uri>http://www.blogger.com/profile/05719051777876552223</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='20' height='32' src='http://2.bp.blogspot.com/_F4n6-qVMhBw/Sj5plOYR_VI/AAAAAAAAAEA/yfPSwwy2mZA/S220/ntt.JPG'/></author></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-950988953877359822.post-4386713763646051456</id><published>2009-11-14T12:06:00.000-08:00</published><updated>2009-11-14T12:08:49.425-08:00</updated><category scheme='http://www.blogger.com/atom/ns#' term='La part du lion (roman épistolaire)'/><title type='text'>La part du lion (sept)</title><content type='html'>Toute tentative d’opérer une reconstitution fidèle de ton départ s’est soldée par un échec. Le souvenir est bien là, il se livre par bribes le temps d’assurer son emprise, puis retourne à sa boue dès que qu’il se sait débusqué. Il faudrait le coincer, le forcer à rendre les armes, le saisir et le presser pour en extraire le jus, il faudrait le mettre à plat. Le souvenir est là mais il est travesti, grimé, emmêlé avec ses ainés, ses cadets, aussi flou que les perspectives de bonheur d’un couple de jeunes vieillards, fatigués.&lt;br /&gt; &lt;br /&gt;J’ai peut-être entretenu une vision exagérément théâtrale de l’évènement, à base d’effusions de larmes et de vérités scandées, de gestes obscènes et de verre brisé, avec une porte qui claque en point final. La plante dans l’entrée faisait un piètre cerbère, trop occupée à recevoir cette lumière nouvelle qui venait du dehors. J’aurais juré l’avoir vu tendre une feuille vers l’extérieur, toute sa volonté molle de végétal mobilisée, avant que la porte ne se referme sur elle et l’ampute. J’étais frappé par la similitude de nos destins, tous deux soustraits d’une part de nous-mêmes qui se trouvait maintenant à la merci d’un monde étranger et hostile. Comme elle, j’avais déjà un pied en terre, mais les compétences nécessaires à ma propre euthanasie manquaient. Mes désirs de pendaison me faisaient regretter de n’avoir jamais navigué, tandis que ma méconnaissance des armes me rendait envieux de ces mômes qui naissent le doigt sur la gâchette, ailleurs sur le globe. L’ingestion de divers cocktails médicamenteux ne provoquait jamais plus qu’une diarrhée passagère, mes migraines étaient à mettre sur le compte de l’abus consécutif de désodorisants chimiques. L’idée d’un sommeil permanent duquel le rêve serait banni était séduisante, beaucoup moins celle de mon visage enlaidi par la mort, troué sur un coin de table ou bleui au bout d’une corde. Je n’étais pas certain que quelqu’un s’inquiète de mon silence assez tôt pour découvrir autre chose qu’un bouillon de culture, le jour où la porte s’ouvrirait à nouveau.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Il me semble aujourd’hui que rien de tout cela ne tient debout.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Déjà le souvenir refait surface et m’impose une mise-à-jour de l’histoire, comme un truand retors révise l’alibi qui vacille sous la question. Il arpente en tous sens les coursives de ma mémoire dont il connait le plan par cœur, recouvrant les stigmates de sa visite précédente par une épaisse couche de mucus. Il s’improvise projectionniste pour effectuer la dernière étape de son plan, substituant sans peine sa nouvelle création au film confus de mes pensées.&lt;br /&gt; &lt;br /&gt;Il n’y a eu ni esclandre ni pleurs, pas plus d’éclats de verre ni de majeurs dressés, et je ne crois pas avoir entendu la porte claquer. Tu es partie sans un bruit, non sans avoir pris soin d’arroser une dernière fois la plante qui n’était pas dans l’entrée. Ce n’est que plus tard qu’elle se laissera aller au délitement, l’eau lui passera au travers et se répandra comme une hémorragie, plus tard encore je la trouverai gisante sur le plancher et quitterai les lieux à reculons, avec la certitude d’être voué au même sort. Tu es partie en emportant ce sac de toile vert qui ne te quittait jamais, ce sac qui semblait sans fond, duquel tu tirais parfois les vivres que j’acceptais avec une gratitude discrète mais sincère. Je célébrais ce retour temporaire au célibat par l’émission d’un pet sonore, que quelque convention sociale absurde m’avait contraint de retenir en ta présence. Je poussais le volume de la radio au maximum et choisissais une fréquence au hasard, le vacarme et la puanteur me donnaient alors l’illusion d’être libre pendant un moment. Je prenais d’innombrables douches brûlantes que je prolongeais jusqu’à ce que la peau menace de peler pour ne laisser que les organes et les os. J’obtenais parfois un début d’érection qui s’évaporait aussitôt que je cherchais à le concrétiser, si bien que je craignais d’être victime d’hallucinations.&lt;br /&gt;Les jours passant et la faim se faisant sentir, je tentais de cuisiner et écopais d’une coupure superficielle à la main. Je me nourrissais de fruits confits et fumais de vieux mégots dont il fallait boucher les trous du filtre comme on joue du pipeau. La radio ne diffusait plus que des chansons d’amour, je la passais par la fenêtre en même temps que tes photographies.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Peu importent les détails.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Je songe à contacter un foyer pour animaux désœuvrés, afin de faire l’acquisition d’un chien qui compenserait son manque de grâce par une loyauté indéfectible. Il endosserait volontiers la responsabilité de chaque odeur suspecte, de chaque catastrophe domestique, le soir nous regarderions côte-à-côte le soleil se coucher, la nuit monterait d’entre les dalles de la terrasse et nous serions heureux de pouvoir compter l’un sur l’autre plus que sur n’importe quelle femelle. Si le chagrin devait à nouveau me clouer au lit, c’est de sa propre initiative qu’il m’apporterait les éléments essentiels à ma survie, lesquels seraient trempés de bave que j’essuierais avec la tendresse d’une mère.&lt;br /&gt;Enfin, quand tout aura été dit, il apparaîtra tenant dans sa gueule un coussin de velours, et la ciguë qui viendra mettre un terme à cette comédie.&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/950988953877359822-4386713763646051456?l=sundaymoncul.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/950988953877359822/posts/default/4386713763646051456'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/950988953877359822/posts/default/4386713763646051456'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://sundaymoncul.blogspot.com/2009/11/la-part-du-lion-sept.html' title='La part du lion (sept)'/><author><name>Renaud Brébant</name><uri>http://www.blogger.com/profile/05719051777876552223</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='20' height='32' src='http://2.bp.blogspot.com/_F4n6-qVMhBw/Sj5plOYR_VI/AAAAAAAAAEA/yfPSwwy2mZA/S220/ntt.JPG'/></author></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-950988953877359822.post-1342273960553195887</id><published>2009-06-09T08:46:00.000-07:00</published><updated>2009-06-22T09:33:37.696-07:00</updated><category scheme='http://www.blogger.com/atom/ns#' term='La part du lion (roman épistolaire)'/><title type='text'>La part du lion (six)</title><content type='html'>Ce n'est qu'au moment d'aborder l'ultime étape du processus créatif, lorsqu'il me faut décider d'un titre duquel affubler un texte tout juste achevé, que je prends la pleine mesure de ma nature de démiurge. En des temps meilleurs, j'ai souvent expérimenté cette sensation de plénitude totale, sorte de transe que ne saurait dispenser la plus raffinée des drogues, ni même l'orgasme le plus intense, fut-il obtenu de l'être aimé.&lt;br /&gt;A cet instant précis où le bon titre s'impose, soufflé à l'oreille par un complice invisible que je me représente comme un jumeau solaire, perpétuellement nu, chaque chose semble soudain faire sens et trouver sa place logique dans l'univers. Tandis que les planètes s'alignent, on croit entendre retentir les trompettes de Dieu dans le lointain, saluant l'enfant prodigue, on s'attend à être appelé à tout moment pour trôner à ses côtés.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Afin d'accéder plus régulièrement à cet état de grâce, j'ai suspendu la rédaction d'un long et fastidieux roman pour me consacrer entièrement à la nouvelle. Des premiers mois, je garde le souvenir d'un bonheur incomparable, une croûte de temps séché où seules comptaient ces fulgurances terribles que me procurait chaque nouveau titre. Il me semblait que je ne pourrais jamais m'en écoeurer. Peu après, je délaissais la prose pour m'initier aux arcanes de la poésie, et développais une nette préférence pour les plus économes de ses représentants. Je me forgeais un style à mi-chemin de l'aphorisme et du haïku, avec pour constante des titres qui excédent en longueur le poème proprement dit. J'en profitais pour me laisser pousser quelque peu  les cheveux et fumer ma première cigarette : une révélation.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Aujourd'hui, il n'est pas rare que je fasse l'impasse sur tout ce qui pourrait nuire à la puissance expressive de mes titres, d'où la suppression pure et simple de ce que les ennemis de la modernité appellent &lt;span style="font-style: italic;"&gt;contenu&lt;/span&gt;. J'écris pourtant, plus que jamais, milles titres et plus que j'imprime en caractères immenses sur papier crème. Le soir venu, alors que je m'anesthésie d'un verre d'alcool, je m'assois et je lis : milles titres noirs sur autant de pages crème, reliées en un épais volume que j'égrène comme un chapelet jusqu'à ce que sommeil s'ensuive. Je lis en rêve les livres cachés derrière eux, les tragédies à te tirer des larmes, les pamphlets incendiaires, les histoires d'amour sublimes et intemporelles.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Mon dernier titre évoque : un récit de voyage, une échappée aux confins d'un continent sauvage et secret, une fuite sans fin. Je ne voyage plus, plus depuis le fiasco de notre lune de miel en Tunisie. Il m'arrive de penser que j'aurais pu m'épargner bien des souffrances, en acceptant de te brader à un autochtone contre une paire de chameaux.&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/950988953877359822-1342273960553195887?l=sundaymoncul.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/950988953877359822/posts/default/1342273960553195887'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/950988953877359822/posts/default/1342273960553195887'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://sundaymoncul.blogspot.com/2009/06/la-part-du-lion-six.html' title='La part du lion (six)'/><author><name>Renaud Brébant</name><uri>http://www.blogger.com/profile/05719051777876552223</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='20' height='32' src='http://2.bp.blogspot.com/_F4n6-qVMhBw/Sj5plOYR_VI/AAAAAAAAAEA/yfPSwwy2mZA/S220/ntt.JPG'/></author></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-950988953877359822.post-4375661836095611289</id><published>2009-03-17T08:18:00.001-07:00</published><updated>2009-05-16T11:54:11.420-07:00</updated><category scheme='http://www.blogger.com/atom/ns#' term='La part du lion (roman épistolaire)'/><title type='text'>La part du lion (cinq)</title><content type='html'>&lt;span style="line-height: 1.3em;font-size:12;" &gt;&lt;br /&gt;Il arrive que je doive descendre en ville. Ce n'est pas quelque chose que je fais de gaieté de cœur, sois-en certaine, mais le métier d'écrivain m'impose un certain nombre de contraintes auxquelles je ne pourrais me soustraire. L'une d'elles consiste à me procurer l'essentiel des nouveautés littéraires écrites en langue française, à raison d'une fois par trimestre, dans le but de m'imprégner de l'air du temps. Le tout est de ne jamais se laisser dépasser.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Je pars de bonne heure et reviens tôt. De cette manière, je n'ai pas à craindre d'être surpris par un noir nu invisible dans l'obscurité, se découvrant d'un rictus juste avant de me briser les reins.&lt;br /&gt;Je ne suis pas raciste. Je hais tous les hommes autant que j'aime les bêtes, et je n'ai jamais été avare de ma haine.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;J'ai peur de tomber dans une bouche d'égout laissée ouverte, et de crever au fond du bouillon. Que penseraient les archéologues du futur, en découvrant mon squelette parmi les fèces fossilisées ?&lt;br /&gt;Ce type-là était un idiot, voilà ce qu'ils penseraient.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Je m'engouffre dans un tramway , il me faut alors affronter l'aisselle inondée d'un géant en bras de chemise. Pour ne pas risquer de le contrarier, je fais mine d'y déceler un présage comme d'autre lisent dans le marc, et me tiens coi.&lt;br /&gt;A force de simuler la clairvoyance, une vision d'horreur m'apparaît et ne me quitte plus de tout le trajet :&lt;br /&gt;le conducteur freine brusquement, m'envoie valser contre un barbu explosif, le détonateur se déclenche, ma viande brûlée se mélange à celle des autres en un agrégat anonyme que les débris recouvrent.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Me voici en sueur à mon tour, extrait du véhicule à la force des coudes, bifurquant vers une rue piétonne dont les pavés se dérobent sous mes pas comme autant de chausse-trappes, à bout de souffle. Un mendiant pendu à ma manche s'ingénie à me soutirer mes quelques deniers, en constatant sa cécité l'idée me vient de lui glisser un quelconque papier gras mais c'est inutile, voilà qu'il s'affaisse et fait sous lui peut-être, au mépris de toute pudeur.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Je débouche sur un boulevard empli du vacarme insoutenable de la multitude, tout entier recouvert de corps en mouvement : adolescents efflanqués au rire chargé de miasmes, émergeant des galeries telles d'ignobles termites, jurant pires que des charretiers. Officiers de police dissimulant sous la moustache une gueule aussi froide et dure que le métal de leur révolver, vieillards diaphanes aux crânes sertis de kystes, clopinant main dans la main avec la mort. Le spectacle de tant de laideur rend le souvenir de ta beauté plus cuisant encore, il me semble que je ne pourrais retenir mes larmes.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Je m'empresse de rejoindre la librairie toute proche, persuadé qu'une indicible menace plane sur ma personne. Le cœur empreint d'une angoisse sourde, je m'efforce de déchiffrer le dos d'un roman quelconque, sans tout à fait y parvenir. Alors que mes tympans se mettent à bourdonner, je pioche au hasard une dizaine d'ouvrages que j'emporte à la caisse, bousculant au passage un petit personnage grisâtre, visiblement attardé. D'apparence inoffensive, l'homoncule se révèle doté d'une agressivité hors du commun : il cherche à m'atteindre à la gorge.&lt;br /&gt;Je pense l'amadouer en lui déclamant un quatrain, mais ma voix s'enraye et meurt, impossible de faire taire la ruche logée entre mes tempes. Au comble de la panique, je m'enfuis en laissant derrière moi les livres et ce qu'il reste de ma dignité.&lt;/span&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/950988953877359822-4375661836095611289?l=sundaymoncul.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/950988953877359822/posts/default/4375661836095611289'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/950988953877359822/posts/default/4375661836095611289'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://sundaymoncul.blogspot.com/2009/03/la-part-du-lion-cinq.html' title='La part du lion (cinq)'/><author><name>Renaud Brébant</name><uri>http://www.blogger.com/profile/05719051777876552223</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='20' height='32' src='http://2.bp.blogspot.com/_F4n6-qVMhBw/Sj5plOYR_VI/AAAAAAAAAEA/yfPSwwy2mZA/S220/ntt.JPG'/></author></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-950988953877359822.post-2187888207107116045</id><published>2009-02-17T05:43:00.001-08:00</published><updated>2009-03-12T11:00:22.023-07:00</updated><category scheme='http://www.blogger.com/atom/ns#' term='L&apos;île dérobée (titre provisoire)'/><title type='text'>L'île dérobée : 5 (màj et fin)</title><content type='html'>&lt;span style="color: rgb(51, 102, 255);"&gt;Voir aussi : Version liftée du premier chapitre.&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Chez elle, j‘étais chez moi, car tout était silencieux.  Une pendule de fort belle facture, presque un arbre apprivoisé, retenait son tic-tac et oubliait de sonner  midi. L'orage lui-même lançait sa foudre si loin qu'elle faisait à peine un ronflement étouffé. On avait installé Félix dans un fauteuil profond, emmailloté jusqu'au nez dans mon imperméable, plongé dans un sommeil sans rêves. Au bout d'un tube respiratoire, face au poste de télévision éteint, une ancêtre faisait le mort. A y regarder de plus près, ses yeux la trahissaient : ils brillaient encore, comme la veilleuse d’un magnétoscope. Un chat perché sur la cheminée s'appelait Cyclope, la sévérité de son oeil valide s'évanouissait sous la caresse. L’autre était cousu. Ses oreilles prolongées de longs poils fourchus lui donnaient l’air d’un sage.&lt;br /&gt;Avec le coin d’un linge humide, j'ai essuyé le menton de Félix, elle a embrassé son front et ses paupières. J'embrassais le pli de sa bouche, à elle, tandis qu'elle glissait un coussin sous sa tête à lui. Aussi fou que cela puisse paraître, en cet instant précis, nous formions une sorte de famille.&lt;br /&gt;Très lentement, elle s'est saisi de ma main et l'a déposée sur son ventre, pour que j'en évalue la température. Il était brûlant. La tâche sinueuse sur son torse m‘aiguillait vers les seins, il me semblait alors que j'en avais envie. Sans lâcher ma main, elle m'a entraîné vers une autre pièce, petite, avec un lit de fer pour seul mobilier. J'ai vu mes vêtements quitter mon corps, comme animés d'une vie propre, ma ceinture tomber au sol, avec ce bruit lourd qui signifiait qu'on avait atteint le point de non-retour. Je n’avais plus aucun poids, j’étais fait  de la même pâte que mon monstre - ou celui de Félix, peu importe.&lt;br /&gt;Renversé sous elle, je renonçais définitivement à participer aux événements, et décidais de sortir de mon enveloppe corporelle pour profiter d’une vue aérienne de la scène. Tandis qu’elle avalait avidement tout son centre, mon corps se servait de ses mains pour tracer de curieuses gravures digitées dans la chair de ses épaules. Suspendu en apesanteur à quelques centimètres de la peau, je tentais d’en déchiffrer le message, échouais rapidement. Tandis qu’elle s’asseyait sur lui, le rouge me montait subitement aux joues. Avais-je le droit de me regarder ainsi affairé, moi qui ne m’étais pas demandé la permission ? Dans le doute, je m’élevais jusqu’à traverser le plafond et entamais une lente ascension vers les cieux.&lt;br /&gt;L’expérience était inédite, j’effectuais maladroitement quelques mouvements de brasse, par réflexe plus que par nécessité. Je parvenais enfin à crever le couvercle de nuages, esquivant de justesse les derniers soubresauts de l’orage qui s’achevait. Je découvrais un espace infini de lumière pure et de vent, un silence plus épais encore que tout ce que j’avais connu. J’étais bientôt rejoint par mon monstre, libéré tout comme moi des contraintes terrestres, évoluant sans entraves à mes côtés. Je constatais qu’il ressemblait désormais en tous points à Félix, y compris dans sa manière de s'énerver, comme au bord de l’éternuement.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;- Peux-tu me dire ce qu’on fiche ici ? Ce n’est pas la bonne grand-mère !&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Je n’ai pu réfréner un grand et beau rire, de ceux qui vous semblent jaillir d‘un ventre supplémentaire. Pivotant sur moi-même, j’embrassais d’un regard l’immensité bleue, cent et mille variantes de bleu, du bleu à ne plus savoir qu’en foutre et les nuages au dessous. Je fermais les yeux et dit :&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;- Tu ne trouves pas ça merveilleux, toi, tout ce bleu infini et les nuages au dessous ?&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Il a poussé un soupir bref qui s’est perdu dans l’air.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;- Ne fais pas l’imbécile, Thomas, veux-tu ? Je te parle de ce trou et du temps perdu, je te parle de cette fille qui n’est pas la bonne fille et de cette grand-mère qui n’est pas ma grand-mère, je te parle de notre arrangement que tu n’es pas supposé oublier.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;J’accueillais ses reproches avec  une grimace gênée, incapable de trouver quoi répondre. Bien sûr, je n’avais pas oublié que notre amitié reposait sur un échange de bons procédés : nous étions tous deux à la recherche d’un amour égaré, et avions jurés de nous aider mutuellement. Simplement, le fait d’être réprimandé par un ersatz de Félix dans ce décor idyllique m’avait contrarié au plus haut point. Il me fallait trouver  un moyen de lui déléguer un peu du poids de ma culpabilité, sous peine de voir mon séjour céleste compromis.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;- Moi au moins, je ne roupille pas.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Et tant pis s’il s’agissait d’un coup bas. Je n’étais pas particulièrement fier de ma réplique, tout juste espérais-je m’octroyer un instant de répit, le temps de réfléchir ou de m’éclipser. La sentence ne s’est pas faite attendre : Félix a enfoui ses yeux loin en lui, soupirant une fois encore, cette-fois avec toute la force du monstre qui l'habitait. Qu'il habitait ?&lt;br /&gt;Un bouquet de nuages nouveau-nés a éclot sous ses pieds, l’un d’eux  s’est agrippé à sa jambe, pour rigoler. Il n’était pas d’humeur à plaisanter.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;- Idiot, tu roupilles tout autant que moi.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;S’ensuivit une paire de claques mémorable, les mains de Félix transformées pour l’occasion en gigantesques battoirs. Le bleu était alors remplacé par un noir légèrement velouté, similaire à celui qui baignait certaines nuits de mon enfance. Je percevais le rythme régulier de mon cœur et le souffle indistinct de quelqu’un d’autre que moi.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;L’instant d’après, j’étais de retour sur terre, aux prises avec une sorte de chariot -ou de remorque- sur le point de m’écraser. Campé sur mes pieds à mi-hauteur d’une pente aiguë, je tâchais de retenir son poids en poussant de toutes mes forces. L’effort m’arrachait de longs râles douloureux, un réseau de veines épaisses apparaissait au niveau de mes tempes. A l’intérieur du caddie, les héroïnes de l’île étaient entassées les unes sur les autres, leurs corps luisants agités de spasmes évoquaient un amas de serpents noués. Elle étaient toutes là, je connaissais leur nom : Laureline l’ardente et l’innocente Mélissa, Savannah-la-facétieuse et Marylène-aux-doigts-d’or. La liste est encore longue.&lt;br /&gt;C’est alors que mon sexe grossit et s’allongea, au point de sauter hors de mon pantalon. Il faisait peut-être deux mètres à présent, et s’enroulait autour de ma taille dans le but évident de me rompre les os. La scène aurait pu être obscène si la chose avait conservé l’aspect d’un sexe d’homme, à vrai dire il ne s’agissait que d’un simple tuyau de chair lisse, lequel m’était parfaitement étranger. Incapable de respirer, je tentais de desserrer son emprise d’une main tout en maintenant la carriole de l’autre. L’opération devait se solder par un échec : j’étais aussitôt broyé par les roues, et mourais provisoirement.&lt;br /&gt;Fondu au noir.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Juste avant de me réveiller, il m’a semblé entendre la voix de mon père, très douce, qui disait :&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;- Il est temps de lui rendre son île.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Je répondais : Comment faire ?&lt;br /&gt;Et encore : Comment faire puisqu’il est mort ?&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/950988953877359822-2187888207107116045?l=sundaymoncul.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/950988953877359822/posts/default/2187888207107116045'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/950988953877359822/posts/default/2187888207107116045'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://sundaymoncul.blogspot.com/2009/02/lile-derobee-5.html' title='L&apos;île dérobée : 5 (màj et fin)'/><author><name>Renaud Brébant</name><uri>http://www.blogger.com/profile/05719051777876552223</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='20' height='32' src='http://2.bp.blogspot.com/_F4n6-qVMhBw/Sj5plOYR_VI/AAAAAAAAAEA/yfPSwwy2mZA/S220/ntt.JPG'/></author></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-950988953877359822.post-2547649369180495006</id><published>2008-12-25T10:33:00.001-08:00</published><updated>2009-06-22T09:34:28.636-07:00</updated><category scheme='http://www.blogger.com/atom/ns#' term='La part du lion (roman épistolaire)'/><title type='text'>La part du lion (quatre)</title><content type='html'>&lt;span style="line-height: 1.3em;font-size:12;" &gt;&lt;span style="font-size:100%;"&gt;Chère Maman,&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Octobre touche à sa fin et je n'ai toujours pas reçu les étrennes que tu m'avais promises. Tu te figures sans doute que des billets de cinquante poussent en liasses parmi les mauvaises herbes de mon jardin, ou pire, que je pourrais m'avilir à travailler quand la consécration est à portée de plume.&lt;br /&gt;En vérité, je ne suis pas certain qu'il me reste de quoi payer le timbre que ton ignorance de l'informatique me forcera à acheter.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Mon système digestif s'accommode mal des mets douteux qui sont le lot des désargentés. Tu n'es pas sans savoir que le départ d'Agnès m'a considérablement affaibli, réduire mon pécule maintenant reviendrait à me condamner.&lt;br /&gt;Je suis encore souffrant d'avoir goûté un lait qu'on aurait cru mélangé à l'éjaculat d'un magasinier pervers, pas plus tard que ce matin.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Tu trouveras ci-joint le récapitulatif de mes besoins les plus urgents, classés par ordre de prix. Fais en ce que tu voudras.&lt;br /&gt;Tu constateras qu'il s'agit d'un minimum vital, j'ose espérer que tu sauras en être reconnaissante.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;J'ai pensé qu'il était nécessaire de te rappeler tes &lt;i&gt;responsabilités&lt;/i&gt;.&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;/span&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/950988953877359822-2547649369180495006?l=sundaymoncul.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/950988953877359822/posts/default/2547649369180495006'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/950988953877359822/posts/default/2547649369180495006'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://sundaymoncul.blogspot.com/2008/12/la-part-du-lion-quatre.html' title='La part du lion (quatre)'/><author><name>Renaud Brébant</name><uri>http://www.blogger.com/profile/05719051777876552223</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='20' height='32' src='http://2.bp.blogspot.com/_F4n6-qVMhBw/Sj5plOYR_VI/AAAAAAAAAEA/yfPSwwy2mZA/S220/ntt.JPG'/></author></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-950988953877359822.post-5969920407578030518</id><published>2008-12-20T03:16:00.000-08:00</published><updated>2008-12-20T03:17:20.154-08:00</updated><title type='text'>Reptile</title><content type='html'>Mes parents ont coupés les ponts depuis que je m'affiche avec la reine des reptiles. Ils ne peuvent supporter de me voir sucer la queue d'un rongeur suspendue à ses lèvres telle une moitié de spaghetto. Ni plus comprendre le luxe absolu que représente un été rafraîchi par le sang glacé dont elle m'abreuve volontiers. Son amour pour moi est inconditionnel et irréductible, il ne craint ni l'usure ni le qu'en-dira-t-on. Nous avons pour projet de mettre au monde un être qui aurait ses yeux, et mes mains. Au cas où elle ne pourrait plus assurer pleinement ses fonctions, il n'est pas impossible qu'elle finisse par présenter sa démission. Afin d'éviter d'éventuelles protestations au sein de sa cour, nous ferons circuler un cliché d'elle faisant mine d'hésiter entre deux paires de chaussures en croco. Nous formons un couple plutôt normal.&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/950988953877359822-5969920407578030518?l=sundaymoncul.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/950988953877359822/posts/default/5969920407578030518'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/950988953877359822/posts/default/5969920407578030518'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://sundaymoncul.blogspot.com/2008/12/reptile.html' title='Reptile'/><author><name>Renaud Brébant</name><uri>http://www.blogger.com/profile/05719051777876552223</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='20' height='32' src='http://2.bp.blogspot.com/_F4n6-qVMhBw/Sj5plOYR_VI/AAAAAAAAAEA/yfPSwwy2mZA/S220/ntt.JPG'/></author></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-950988953877359822.post-1260693967018600171</id><published>2008-12-17T08:41:00.001-08:00</published><updated>2009-06-22T09:36:26.561-07:00</updated><category scheme='http://www.blogger.com/atom/ns#' term='La part du lion (roman épistolaire)'/><title type='text'>La part du lion (trois)</title><content type='html'>&lt;span style="font-size:100%;"&gt;&lt;br /&gt;Je cherche le réconfort dans le visionnage de documentaires consacrés aux grands fauves d'Afrique. La vue d'un lion paressant sur l'herbe brûlée m'apaise plus surement que le contenu entier de ma pharmacie.&lt;br /&gt;Enfant déjà je préférais la compagnie des chats à celle des individus de mon âge, que je soupçonnais d'être porteurs de quelque maladie contagieuse. Alors que s'éveillerait bientôt en moi une vocation d'écrivain, j'ai renoncé au langage pour devenir l'un des leurs. J'ai rampé à m'en peler les genoux.&lt;br /&gt;Je me souviens très bien du bruit que faisait mon cœur en se brisant, chaque fois qu'ils disparaissaient dans un soupirail, une caisse en carton, m'interdisant l'accès à leur monde. Je n'étais qu'un singe nu.&lt;br /&gt;Je prie chaque jour pour que la barbe me monte aux yeux, que des poils me poussent sur tout le corps, je partirai alors pour l'Afrique où je régnerai sur la savane infinie, dans le flou artistique permanent d'une onde de chaleur.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Bercé par le bruissement discret de la fourrure, je m'endors.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Un hôtel-restaurant situé à l'intersection de nulle part et partout, où viennent se reposer les êtres issus des contrées de l'imaginaire : je rêve. J'y remplis la fonction de concierge, de barman, de psychiatre à l'occasion lorsqu'un Pinocchio prématurément vieilli raconte sa vie, manquant de m'éborgner avec son appendice en érection.&lt;br /&gt;Une ample terrasse accueille un groupe de chimères dont la crinière bleue rappelle les moisissures de certains fromages, têtes renversées dans l'attitude du parfait estivant. Des tombereaux de crottin de licorne qu'il faut évacuer dans l'espace intersidéral, en visant du mieux que possible le soleil-poubelle. Une fée distraite vient brûler contre un lampion, croyant trouver l'un de ses congénères particulièrement illuminé, je la garde un instant au creux de la main.&lt;br /&gt;Au dessus des seins minuscules aux aréoles noircies, je reconnais ton visage et l'embrasse tout entier.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Au réveil, il me semble que ma bouche est pleine de cendres.&lt;/span&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/950988953877359822-1260693967018600171?l=sundaymoncul.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/950988953877359822/posts/default/1260693967018600171'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/950988953877359822/posts/default/1260693967018600171'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://sundaymoncul.blogspot.com/2008/12/la-part-du-lion-extrait-3.html' title='La part du lion (trois)'/><author><name>Renaud Brébant</name><uri>http://www.blogger.com/profile/05719051777876552223</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='20' height='32' src='http://2.bp.blogspot.com/_F4n6-qVMhBw/Sj5plOYR_VI/AAAAAAAAAEA/yfPSwwy2mZA/S220/ntt.JPG'/></author></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-950988953877359822.post-2631078614765683247</id><published>2008-12-14T01:47:00.000-08:00</published><updated>2009-06-22T09:35:34.588-07:00</updated><category scheme='http://www.blogger.com/atom/ns#' term='La part du lion (roman épistolaire)'/><title type='text'>La part du lion (deux)</title><content type='html'>&lt;span style="font-size:100%;"&gt;&lt;br /&gt;Le matin est pour moi l'occasion de constater que mon reflet se fait toujours plus lointain dans le miroir. Je ne serais pas surpris qu'il finisse par s'en aller te rejoindre, où que tu sois, écœuré d'avoir à soutenir mon regard jour après jour.&lt;br /&gt;Vous serez les inventeurs d'une forme inédite de trahison, susceptible de réduire à néant le plus solide des hommes. Les gouvernements du monde entier s'empresseront d'acheter le concept afin d'en faire une arme de guerre.&lt;br /&gt;Une fois le magot encaissé, vous scellerez votre union sous les tropiques, en prenant bien garde à ne pas croiser votre reflet dans le miroir de la mer.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Debout face à moi-même, me vient cette pensée : voici cent ans que j'ai trente ans.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Sur le coup de midi, je tire l'ordinateur de son sommeil lui intime l'ordre d'afficher une page vierge que j'entreprends de noircir. Quelques mots giclent à l'écran sans tout à fait former des phrases et restent étalés là, anarchiques.&lt;br /&gt;Une bande de mômes turbulents refusant de se donner la main, de peur de s'invertir.&lt;br /&gt;Je cherche l'inspiration dans le blanc du ciel qui pousse aux fenêtres, sans succès. Fermer les yeux ne révèle pas plus que l'envers sanguin de mes paupières.&lt;br /&gt;De rage, j'enregistre un poème bruitiste d'une minute trente, en dissimulant mon timbre fluet à l'aide d'un logiciel. J'y ajoute des cris de baleines ainsi qu'une séquence de chant grégorien inversée. Je rédige une annexe explicitant le détail de ma démarche, illustrée par des clichés d'enfants faméliques aux tons sépia.&lt;br /&gt;Enfin, j'efface le tout et vends le micro aux enchères.&lt;/span&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/950988953877359822-2631078614765683247?l=sundaymoncul.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/950988953877359822/posts/default/2631078614765683247'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/950988953877359822/posts/default/2631078614765683247'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://sundaymoncul.blogspot.com/2008/12/la-part-du-lion-extrait-2.html' title='La part du lion (deux)'/><author><name>Renaud Brébant</name><uri>http://www.blogger.com/profile/05719051777876552223</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='20' height='32' src='http://2.bp.blogspot.com/_F4n6-qVMhBw/Sj5plOYR_VI/AAAAAAAAAEA/yfPSwwy2mZA/S220/ntt.JPG'/></author></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-950988953877359822.post-7661919437528501085</id><published>2008-12-13T07:23:00.000-08:00</published><updated>2008-12-25T04:37:37.908-08:00</updated><category scheme='http://www.blogger.com/atom/ns#' term='La part du lion (roman épistolaire)'/><title type='text'>La part du lion (un)</title><content type='html'>Depuis que tu es partie, l'ennui ne m'a plus lâché d'un pouce. Je passe mes journées à arpenter ce donjon de haut en bas en espérant trouver un peu de toi dans les plis des tentures, au fond du fauteuil de ta mère, dans l'espace qui sépare le lit du mur côté nord, et jusque dans mes poèmes. Il ne reste que les araignées qui semblent vouloir me cracher au visage, chaque fois que l'envie de faire de l'ordre me prend. Tout ce qui peut-être brisé l'a été ou le sera, mes mains cherchent à saisir se referment sur le vide, comme le bras mécanique d'une machine à sous. La gravité et mon corps sont deux malfaiteurs associés qui me persécutent. Je ne suis pas de taille.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Certains jours, ma détresse est telle qu'il m'arrive de me mettre totalement nu avant de jeter ma carcasse contre la porte vitrée, à la manière d'une étoile de mer. Il y a quelque chose de toi dans l'expression horrifiée de la petite voisine qui vient, venait jouer dans notre, mon jardin.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Je souhaiterais si tu veux bien revoir la couleur de cet excellent maillot de corps dont tu m'as dépossédé. Tu sais qu'il met ma silhouette en valeur comme aucun autre vêtement. J'aime à penser que tu l'as emporté en imaginant qu'il te suffirait d'en respirer l'odeur pour que je me matérialise à tes côtés, dès la fin de ta petite crise . Cette espèce de petite crise ridicule qui nous a déjà fait tant de mal.&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/950988953877359822-7661919437528501085?l=sundaymoncul.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/950988953877359822/posts/default/7661919437528501085'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/950988953877359822/posts/default/7661919437528501085'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://sundaymoncul.blogspot.com/2008/12/la-part-du-lion-extrait.html' title='La part du lion (un)'/><author><name>Renaud Brébant</name><uri>http://www.blogger.com/profile/05719051777876552223</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='20' height='32' src='http://2.bp.blogspot.com/_F4n6-qVMhBw/Sj5plOYR_VI/AAAAAAAAAEA/yfPSwwy2mZA/S220/ntt.JPG'/></author></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-950988953877359822.post-4214467710450838704</id><published>2008-10-02T05:09:00.001-07:00</published><updated>2008-11-25T13:10:27.284-08:00</updated><category scheme='http://www.blogger.com/atom/ns#' term='nouvelles'/><title type='text'>Un exil, première partie</title><content type='html'>Paul et Suzy dérivent lentement sur la mer, à bord d'un pédalo en forme de cygne dont la peinture s'écaille aux ailes. On voit qu'ils viennent de faire l'amour, comme un fil ténu tendu entre eux. Un dernier coup d’œil jeté en arrière révèle que les bâtiments se sont presque entièrement enfoncés derrière l'horizon, à l'exception du sommet étincelant des cheminées. Encore quelques heures et la ville aura oublié le nom de Paul, le visage et la voix de Suzy. Cette pensée emplit leur cœur d'une joie infinie, la sensation d'avoir joué un tour au monde et de s'en tirer à bon compte. Peut-être que Paul allume une cigarette pour en tirer quelques bouffées rêveuses pendant que Suzy mouline, à moins que ce soit Suzy qui se penche au dessus de l'eau pour en effleurer la surface, agacer un banc de poissons troubles du bout des doigts. Ils se contentent de suivre la course du soleil en prenant bien garde à ne pas s'inquiéter de quoique ce soit, et leurs poches sont vides d'argent comme le ciel est plein de lumière.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Suzy glisse une main légère dans le dos musclé de Paul, qu'il a pris soin de laisser nu comme font les gens qui prennent le large, pour ne pas être tenté de revenir. Elle apprécie la netteté du sillon qui le sépare en deux et, plus bas, l'irruption de la colonne vertébrale, s'approprie chaque détail avec méticulosité. Tous sens en éveil suite à la douceur de ce contact, Paul dit "la mer est le produit de la fusion d'un million de boules à facettes brillantes", puis se fige dans une pose méditative. Suzy approuve et se love contre son épaule, heureuse de pédaler aux côtés de ce poète merveilleux, son amant.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Quand les tours disparaissent pour de bon, ils décident d'accoster sur un îlot tout à fait charmant, offrant juste ce qu'il faut d'ombre et de silence pour mener une retraite à l'abri des multitudes. L'espace d'un instant, l'idée leur vient de percer un trou dans leur embarcation et de laisser les eaux l'engloutir. Pour une raison ou pour une autre, ils s'abstiennent et l'emportent sur la plage. Une fois décorée de feuilles et de coquillages multicolores, ça ressemble presque à un endroit où vivre. Ils s'y installent en dégustant la chair crue d'un mollusque, les doigts de pieds en éventail, sabrent une bouteille de champagne imaginaire et s'endorment quand s'allume la première étoile.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Les jours passent et deviennent des semaines, puis des mois, enfin une année s’écoule sans que rien, ou presque, ne vienne perturber l’exil de ces deux-là. Suzy et Paul, retournés à l’état sauvage, paressent en tandem sous l’œil bienveillant du soleil. Lui arbore une barbe à ce point longue et fournie que de petits animaux y ont trouvé refuge, et refusent d’en descendre. Elle a perdu la gaine grumeleuse de ses cuisses et ressemble aux naïades qu’elle jalousait, adolescente. Quelques fois, un bateau de croisière s’aventure trop près de la côte, tous deux dressent alors leur majeur et crachent des injures au hasard, des vestiges de leur existence précédente.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Dans l’impossibilité de se procurer un paquet de cigarettes, Paul s’est mis à mâcher des lambeaux d’écorce au goût amer, ce qui constitue un honnête substitut. Très vite, l’effet se tarit et Paul se voit contraint de sucer la sève directement à partir de l’arbre, à l’aide d’un tube de roseau. L’opération est délicate mais se solde par une ivresse d’un genre nouveau, ponctuée de visions kaléidoscopiques en trois dimensions et son stéréo. En comparaison, ce n’est pas si grave si les dents se déchaussent, si la langue se pétrifie, si l’estomac tire la gueule.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;De son côté, Suzy a tant fondu qu’elle dissimule aisément son corps derrière une liane, et ses côtes se comptent à l’œil nu. Le soir, pour la faire enrager, Paul en joue comme d’un instrument premier et rit de ses coups de sang, elle s’offusque et saute le repas. Un baiser échangé au clair de lune est salé jusqu’à l’écœurement, les lèvres se cognent plus qu’elles n’embrassent, l’échine ne frissonne que lorsque le vent marin se fait mordant.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Un autre jour, Paul surprend Suzy assise à califourchon sur la plus haute branche d’un palétuvier, elle fait mine de ne pas le voir. Il se rassure en se disant qu’elle cherche simplement à se rapprocher du soleil, ou à s’offrir une vue panoramique des environs. A y regarder de plus près, elle tient à bout de bras un téléphone portable qu’elle agite frénétiquement, sans doute à la recherche d’une couverture réseau qu’elle ne trouvera pas. Leurs regards se croisent, une ombre passe sur son visage, Paul s’enfonce plus avant dans la forêt.&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/950988953877359822-4214467710450838704?l=sundaymoncul.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/950988953877359822/posts/default/4214467710450838704'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/950988953877359822/posts/default/4214467710450838704'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://sundaymoncul.blogspot.com/2008/10/petit-conte-cruel-partie-1.html' title='Un exil, première partie'/><author><name>Renaud Brébant</name><uri>http://www.blogger.com/profile/05719051777876552223</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='20' height='32' src='http://2.bp.blogspot.com/_F4n6-qVMhBw/Sj5plOYR_VI/AAAAAAAAAEA/yfPSwwy2mZA/S220/ntt.JPG'/></author></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-950988953877359822.post-4547890742210938762</id><published>2008-09-04T01:53:00.000-07:00</published><updated>2009-04-03T11:06:32.466-07:00</updated><category scheme='http://www.blogger.com/atom/ns#' term='nouvelles'/><title type='text'>Depuis que les aliens étaient parmi nous (nouvelle)</title><content type='html'>L’univers entier était contenu dans mon verre, que je faisais tourner à la lumière pour en apprécier chaque nuance. Il me semblait que les glaçons s’émoussaient doucement pour devenir sphères, comme autant de mondes où pourrait éclore la vie sous toutes ses formes. Les bulles éclataient en supernovas, formaient des ondes concentriques à la surface, cherchaient à repousser plus loin les limites, toujours plus loin, jusqu’au-delà du verre. Jusqu’où exactement? J’étais pris de vertige et le vidait d’un trait.&lt;br /&gt;Depuis que les aliens étaient parmi nous, l’univers me sautait souvent au visage, au moment où je m’y attendais le moins. S’il était dans un verre d’alcool aujourd’hui, il pouvait être dans le décolleté d’une femme demain, ou dans le tourbillon de la machine à laver, ou bien…?&lt;br /&gt;Bien sûr, comme tout le monde, j’avais accueilli avec une curiosité toute naturelle - humaine, devrais-je dire - les premières preuves tangibles de l’existence d’une vie extra-terrestre intelligente, quelque part du côté de Tachyon IV. Ensuite, les premiers témoignages, de plus en plus précis, on avait vu une forme oblongue obscurcir le ciel, et tressauter brièvement avant de disparaître - comme on zapperait d’une chaîne à une autre, dirait un agriculteur bolivien - , les premiers messages décryptés dans la foulée - paix et amour pour le peuple terrien -, quelques gourous réhabilités en extrême urgence, qui voyaient leur chiffre d’affaires exploser.&lt;br /&gt;Comme tout le monde, j’étais là quand ils sont descendus du firmament, dans leur immense suppositoire d’acier. J’étais de ceux qui portaient bien haut la pancarte où était inscrit bienvenue dans leur langue, achetée et rangée le jour même, avec les lunettes anti-éclipse et le modèle réduit de la station Mir, dans mon bunker anti-nucléaire. Il y avait là une occasion unique de montrer à tous l’ampleur de mon ouverture d’esprit, c’est pourquoi je n’ai même pas cillé quand l’un d’eux est venu me renifler les parties en signe d’amitié, ignorant ma main tendue.&lt;br /&gt;La folie qui s’est emparée du monde à la suite de ce premier contact était, comme on pouvait s’y attendre, sans commune mesure. Les deux tiers de la planète pouvaient bien crever de faim, on avait d’yeux que pour nos visiteurs de l’espace, et on avait des siècles à rattraper. L’influence extra-terrestre s’exerçait sur tous les aspects de nos vies, de la mode aux mœurs et des arts à l’amour.  On ne comptait plus les starlettes terriennes qui s’envoyaient en l’air avec des monarques aliens, et revenaient avec un appendice supplémentaire - était-il préférable de le porter en écharpe ou en ceinture? En bandoulière, ou bien tendu à l’horizontale ? -au niveau de l’estomac. A cette époque, je venais tout juste de mettre le point final à mon dernier roman, une histoire d’amour tragique sur fond de trip à l’acide, avec du sexe et du sang, j’avais obtenu le feu vert de mon éditeur et je me suis rendu compte que…&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;- Tout le monde s’en foutait.&lt;br /&gt;- C’est ça. C’est exactement ça.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;J’ai appelé Yvan Mélias qui avait touché un gros chèque pour la suite de ses mémoires. J’ai du m’y reprendre à trois fois car l’anxiété me faisait trembler, mes doigts jaunis de nicotine appuyaient sur toutes les touches à la fois. J’apprenais avec horreur que ses livres emplissaient déjà les bacs à soldes, quand ils ne servaient pas à stabiliser les tables branlantes. Pire, la jeune actrice qui partageait sa vie depuis cinq ans avait fait ses valises. Le jour où il avait fait remarquer que son tentacule passait mal à l’écran, elle avait dit : raciste ! Dans un sanglot, avant de claquer la porte. Il était encore en train de s’épancher quand le combiné m’est tombé des mains.&lt;br /&gt;Dans les salons littéraires, on se dédicaçaient nos propres bouquins, il régnait une atmosphère morne de léproserie. Quelqu’un a dit : Vous avez lu le dernier Khxkkr771 ? C’est fantastique, cette manière qu’il a de jouer avec le temps et l’espace, c’est comme tout lire à la fois, comme ne rien lire du tout ! Pause. Je tapotais doucement dans le dos d’un poète émotif, qui avait fondu en larmes à côté de moi. J’ai assisté à des conférences, des ateliers, avec la crème des écrivains aliens. J’ai hypothéqué ma maison pour m’offrir un séjour de deux semaines chez eux, sur leur caillou. Je n’ai constaté aucune amélioration notable en ce qui concerne ma production, par contre j’ai contracté un virus mutant qui m’a longtemps cloué à la selle. Je me suis inscrit aux cours du soir, dans l’idée d’apprendre leur langue, un mélange subtil de consonnes toussées et de voyelles avalées. A l’écrit, il fallait être un peu peintre, un peu sorcier, et je me sentais vieux, beaucoup trop vieux. J’ai tenu bon, jusqu’à ce qu’on essaye de m’inculquer une technique consistant à expulser mes phéromones en direction de l’interlocuteur, par apposition des mains. Je suis parti en hurlant, sans chercher à savoir quel organe exactement devait être sollicité.&lt;br /&gt;En relisant mes auteurs favoris, ce soir-là, je n’étais plus certain de pouvoir dire ce qui m’avait plu dans leurs livres, quand les aliens n’étaient pas encore parmi nous.  Ces récits de losers magnifiques, ballotés par la vie, n’étaient-ils pas horriblement convenus ? Que valaient-ils comparés à un double coucher de soleil sur Tachyon IV, si beau qu’on ne pouvait le décrire avec nos mots ?&lt;br /&gt;Certains parlaient d’organiser la résistance  - tous des artistes, des écrivains -, certains parlaient de prendre les armes pour défendre…quoi ? Aucun d’entre nous n’avait connu la guerre, et la littérature avait rendu nos bras décharnés, privés de substance. D’autres avaient choisi d’accepter la défaite : il n’y avait plus rien qu’on puisse écrire sur notre vieille planète, plus comme ça en tout cas. On s’était gavés pendant des siècles et des siècles, on avait bouffé les ressources, il n’en restait rien. Tous les bars et bistrots du monde se voyaient submergés par un flot ininterrompu d’artistes désœuvrés, qui cherchaient à oublier.&lt;br /&gt;Ce soir-là, donc, je cherchais l’oubli dans un bar, et je trouvais l’univers. Les intestins malmenés par une soudaine rechute, j’enfonçais la porte des toilettes et faisais évacuer les lieux. Je provoquais la mauvaise humeur d’un couple de mecs qui se bécotaient - c’est pour votre bien ! - dans une cabine et m’y enfermais. Ma délivrance était gâchée par une musique superbe qui venait de la salle par bouffées, trop belle pour être humaine. Subitement, j’étais pris d’un accès de rage incontrôlable, la musique, mes intestins, la littérature, tout a volé en éclats à cet instant, seule subsistait la colère qui faisait battre le sang à mes tempes. Je déboulais dans la salle en soufflant comme un buffle, à moitié déculotté, juste à temps pour voir le chanteur du trio extra-terrestre prendre les traits et la voix d’Elvis Presley, par une simple pression sur le sein. La scène minuscule était déjà presque entièrement recouverte de sous-vêtements quand j’ai hurlé : HOU ! Aux chiottes l’alien ! L’alien aux chiottes !&lt;br /&gt;Je me saisissais d’un verre vide et l’envoyait directement dans la face du crooner, en plein sur le carré de chair tendre qu’ils dissimulent à la jointure des yeux. J’étais rapidement imité par une dizaine d’autres - aux chiottes l’alien ! - qui sortaient de l’ombre, hystériques, balançaient tout ce qu’ils pouvaient trouver en direction des musiciens. Ceux-ci, chancelants sous la mitraille, interrompaient leur performance et scrutaient la salle pour évaluer l’ampleur de l’assaut, j’ai foncé derrière une table renversée pour essuyer d’éventuels tirs de blaster…&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;- Et…alors ?&lt;br /&gt;- Alors…rien.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Ils sont sortis de scène sans un mot, meurtris, la tête basse. La banane dégonflée d’Elvis lui coulait sur le visage, ça et les fruits pourris que quelqu’un avait sorti d’on ne sait où pour l’achever. Il y a eu un moment de silence gêné, peut-être quinze seconde, et puis les clameurs de la victoire sont montées du fond de la salle jusqu’à moi, d’une seule voix. On s’échangeait des bravos, on se prenait dans les bras, on chantait - faux - des hymnes de tous les pays. On avait gagné. On avait gagné...pourquoi tu tires cette tronche?&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;- C’est juste que…c’est tellement cruel.&lt;br /&gt;- Tu serais pas un putain d’alien, toi aussi, par hasard ?&lt;br /&gt;- Tu n’y pense pas ?&lt;br /&gt;- Excuse-moi, je sais plus où j’en suis…oh merde, qu’est-ce qui nous est arrivé ?&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/950988953877359822-4547890742210938762?l=sundaymoncul.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/950988953877359822/posts/default/4547890742210938762'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/950988953877359822/posts/default/4547890742210938762'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://sundaymoncul.blogspot.com/2008/09/depuis-que-les-aliens-taient-parmi-nous.html' title='Depuis que les aliens étaient parmi nous (nouvelle)'/><author><name>Renaud Brébant</name><uri>http://www.blogger.com/profile/05719051777876552223</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='20' height='32' src='http://2.bp.blogspot.com/_F4n6-qVMhBw/Sj5plOYR_VI/AAAAAAAAAEA/yfPSwwy2mZA/S220/ntt.JPG'/></author></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-950988953877359822.post-1005119982512536426</id><published>2008-08-24T07:55:00.000-07:00</published><updated>2008-10-02T05:15:59.511-07:00</updated><category scheme='http://www.blogger.com/atom/ns#' term='L&apos;île dérobée (titre provisoire)'/><title type='text'>Roman : Chapitre 4, partie 1</title><content type='html'>L'Irlandais était harnaché comme un cheval de trait, relié au mur de la prison par deux câbles solides, fixés à des crochets. Il ruait de toutes ses forces et grognait, des perles de sueur s'enfilaient sur toute la longueur de ses moustaches rousses. Le mur a cédé aussi facilement que s'il s'agissait d'une construction en briques Lego, l'ouverture était assez grande pour faire passer un enfant debout. A l'intérieur, Félix avait déjà préparé ses bagages, et feuilletait tranquillement la biographie d'un lutteur célèbre. Il nous a accueilli avec une moitié de sourire, qui voulait dire “vous en avez mis, du temps”.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;- Pourquoi pas par la fenêtre?&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;C'était vrai, pourquoi pas par la fenêtre? L'Irlandais avait tellement envie de faire un coup d'éclat qu'il en avait oublié la fenêtre, largement ouverte sur la cellule aux allures d'appartement douillet. A présent, la poussière de béton recouvrait tout d'un voile sale et opaque, les sirènes devaient bientôt se mettre à hurler. Félix a tendu son sac de voyage au monstre, qui était redevenu l'entité grumeleuse et bleue qui m'était apparue quelques nuits auparavant. J'ai dit : tu peux voir le monstre?&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;- Bien sûr, c'est mon monstre à moi.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;On a roulé pendant des heures sur des routes de campagne, encerclés de champs que le soleil levant embrasait. Félix sortait la tête par la vitre et laissait pendre sa langue, comme un chien fou. Sur la banquette arrière, son monstre disparaissait doucement à mesure que la nuit reculait. J'avais poussé le volume de l'autoradio au maximum, pour lutter contre le sommeil qui reprenait ses droits. Deux experts allemands discutaient de la sexualité des huitres avec un sérieux indéfectible, une forme d'herpès particulièrement virulent mettait en péril la reproduction de l'espèce. Sans quitter la route des yeux, je me suis saisi d'une cigarette, j'ai du gratter le briquet plusieurs fois avant d'obtenir une flamme convenable. Félix n'aimait pas ça, je le savais. Il m'a servi son plus beau regard accusateur, celui qu'on réserve au condamné qui refuse de se repentir. J'avais commencé à fumer le jour où j'avais renoncé au suicide, le cancer des poumons était un croque-mitaine qui ne rendait visite qu'aux autres. J'aimais voir la fumée s'échapper de ma bouche, comme si quelque chose avait fait court-circuit au fond de mes entrailles, j'aimais la sensation et l'odeur. Je collectionnais les photos effrayantes qui ornaient les paquets, ma préférée représentait une femme blonde et une poussette vide, avec la mention “fumer augmente les risques d'infertilité du sperme”. La moue insatisfaite de cette femme, le choix des couleurs, tout me semblait étrangement comique. J'ai connu un type qui tournait à trois paquets par jour, et ne sortait jamais sans s'être repoudré le nez, il fumait avant et après l'amour, il fumait pendant l'amour. Il refusait de manger autre chose que les légumes de son potager.&lt;br /&gt;Le soleil s'était arrêté net à l'entrée du bled, les nuages s'étaient gavés d'éclairs toute la nuit et menaçaient de régurgiter d'un moment à l'autre. L'endroit semblait désert, hors du temps, avec un unique café en son centre. Quelques imbibés locaux étaient déjà accoudés au comptoir, vieux d'un siècle, immobiles et minéraux. Tout au fond, à côté d'une machine à sous déglinguée, une jeune fille vêtue d'un lambeau de tissu jouait mal Horse with no name. Je devinais qu'elle avait été belle, avant qu'une giclée d'eau bouillante ne lui dessine la botte d'Italie sur le cou et les seins. Il y avait dans son regard une sorte d'incertitude qui m'a ému, plus encore que ses vêtements qui ne cachaient rien. Les moins vieux jouaient aux fléchettes, et manquaient volontairement la cible, juste pour la voir se pencher. Les autres ne la voyaient plus. J'ai pensé à Margaux en panoplie de cow-girl, la fête de fin d'année, les parents d'élèves qui croisaient les jambes, pour cacher leur demi-molle. Nausée violente qui vient de loin.&lt;br /&gt;J'ai commandé un café corsé, et une menthe à l'eau pour Félix. Je suis resté sourd à ses protestations. Il a repoussé le verre avec une mimique de dégoût, puis m'a tourné le dos pour bouder. Il a sorti de sa poche un feutre avec lequel il a tracé deux cercles au dos d'un carton, qui se croisaient. Un autre carton, deux autres cercles espacés de quelques centimètres. Il était vraiment doué pour faire les cercles, on ne pouvait pas lui retirer ça. Il est resté un long moment à contempler les deux images, l'une, puis l'autre, indécis. Je buvais à petites gorgées, en me brûlant un peu, la fatigue faisait danser des formes translucides devant mes yeux.&lt;br /&gt;A quel moment exactement j'ai remarqué qu'on regardait Félix, je ne m'en souviens pas. Le type du bar, ceux qui étaient au comptoir, ceux qui jouaient aux fléchettes, celle qui jouait de la guitare, tous s'étaient soudainement figés, comme si Dieu avait appuyé sur pause. Tous regardaient Félix. Lui aussi s'était arrêté, et tremblait, vibrait de la tête aux pieds. Un filet de salive épaisse s'écoulait de sa bouche béante, ses yeux déshydratés louchaient vers le sol. Il était sur le point d'avoir une crise.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;- C'est pas trop difficile ?&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Le vieux qui venait de briser le silence avait la voix de Leon Zitrone. Il s'étais mis à parler sans prévenir, ses mâchoires s'étaient déserrées plus facilement que prévu, maintenant elles s'ouvraient et des mots sortaient de sa bouche garnie de chicots bruns. L'effet était comparable à celui que ferait une statue s'arrachant à son socle pour clamer sa liberté. Je restais hébeté un moment avant de répondre, je n'aurais pas du répondre.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;- C'est pas trop difficile...quoi?&lt;br /&gt;- Trimballer un gosse comme ça...partout...trimballer un gosse...&lt;br /&gt;- Un gosse quoi?&lt;br /&gt;- Débile...trimballer un gosse débile partout comme ça.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Il y avait quelque chose que Félix détestait plus encore que l'idée de me perdre dans un nuage de fumée, c'était qu'on le voie comme un débile. Un innocent, un idiot. C'est quelque chose qui le rendait fou. Un gargouillis inhumain lui est monté du fond du ventre, comme de la tôle qu'on plie. Il s'est laissé tomber en arrière, sa tête a heurté le sol avec un bruit sourd, il s'est tordu dans une suite de positions impossibles. Il pédalait dans le vide, l'écume aux lèvres, il hurlait d'une voix qui n'avait plus rien d'un enfant. Les autres avaient voulu lui venir en aide, mais Félix distribuait des coups au hasard et personne n'osait plus s'en approcher. J'ai fait ce que j'avais à faire, je me suis emparé du carton, celui qui montrait deux cercles entrecroisés. J'ai maintenu ses bras avec une main, la fille s'est jeté dans la mêlée et s'est occupée de ses pieds. J'étais reconnaissant. Avec ma main libre, j'ai brandi le carton devant les yeux de Félix, et j'ai dit : regarde. Regarde. REGARDE. C'est ce qu'il a fait. Il a regardé le carton, longtemps, son corps s'est apaisé progressivement. Un sourire merveilleux a illuminé son visage torturé. Et il s'est endormi.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;                                              ***&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/950988953877359822-1005119982512536426?l=sundaymoncul.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/950988953877359822/posts/default/1005119982512536426'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/950988953877359822/posts/default/1005119982512536426'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://sundaymoncul.blogspot.com/2008/08/roman-chapitre-4-partie-1.html' title='Roman : Chapitre 4, partie 1'/><author><name>Renaud Brébant</name><uri>http://www.blogger.com/profile/05719051777876552223</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='20' height='32' src='http://2.bp.blogspot.com/_F4n6-qVMhBw/Sj5plOYR_VI/AAAAAAAAAEA/yfPSwwy2mZA/S220/ntt.JPG'/></author></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-950988953877359822.post-2665289114212867388</id><published>2008-08-24T07:54:00.000-07:00</published><updated>2008-10-02T05:16:17.434-07:00</updated><category scheme='http://www.blogger.com/atom/ns#' term='L&apos;île dérobée (titre provisoire)'/><title type='text'>Roman : Chapitre 3</title><content type='html'>- Est-ce que tu te rends compte de ce que tu as fait ?&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;La prison où Félix était enfermé, c'était de la rigolade. J'ai vu un gamin cleptomane qui courait dans tous les sens, cul nu avec un pot de chambre  rempli à la main, et un autre qui proférait des menaces de mort avec un cheveu sur la langue, irrésistible. Il régnait une ambiance de colo anarchique, et les fenêtres n'avaient pas de barreaux, on savait qu'un détenu devait être transféré ailleurs dès le moment où il atteignait la poignée. Félix ne me regardait pas, toute son attention était dirigée vers l'écran. Il jouait à un jeu vidéo dans lequel un personnage translucide tirait sur d'autres formes hostiles, et palpitait en rythme avec la musique. Les autres gosses ne comprenaient pas, ils auraient préférés quelque chose avec des bagnoles et des projections de sang.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;- La fille...tu sais si la fille s'en est sortie?&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Elle s'en était sortie. Je l'avais vu la veille discuter avec Gauthier Poets, dans un anglais approximatif, de l'éventualité d'un dédommagement financier. Sa tête était posée de travers sur un collier de plâtre, celle de Poets secouait “non” tandis que son index imitait le mouvement d'un métronome. Félix a interrompu sa partie pour me montrer un bouton d'acné répugnant qui lui poussait entre les sourcils, il en était visiblement très fier. La chose semblait prête à exploser d'une seconde à l'autre.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;- Ils disent que c'est parce que je grandis. Bientôt, ils m'emmèneront à la prison des grands et je verrai Jack l'éventreur.&lt;br /&gt;- Tu n'as toujours pas répondu à ma question.&lt;br /&gt;- Ecoute,  je crois que tu accordes trop d'importance à cette histoire, vraiment. C'est pas comme si j'avais tué un bébé phoque ou quoi.&lt;br /&gt;- Des millions de personnes aimaient cet homme, et je l'aimais moi aussi. Des millions de personnes attendaient la suite de ses livres, et maintenant tout est fichu à cause de toi.&lt;br /&gt;- Bla bla bla...moi j'aime les beignets. Tu veux un beignet? Peut-être que ce serait pas plus mal si les gens se mettaient à lire autre chose, pour une fois.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Et il a plongé la main dans un sac en papier rempli de beignets de toutes les couleurs. Dans la pièce d'à côté, une fillette chaussée de semelles orthopédiques poursuivait une procession de fourmis avec  une loupe, en poussant des petits cris aigus. Félix était de nouveau complètement captivé, il venait de descendre une sorte de dragon chinois qui crachait des traits de laser, et fonçait à toute vitesse à travers un couloir psychédélique. Un maton à dreadlocks  est venu m'avertir que mon heure de visite touchait à sa fin. Il en a profité pour demander si c'était bien moi, le père du petit qui dessine des ronds partout sur les murs et par terre. J'ai répondu que non, j'étais un ami, et que c'étaient des cercles plutôt que des ronds, des cycles même, une ligne qui se serait tordue au point de se retrouver nez-à-nez avec sa queue, et là il ne m'écoutait déjà plus. Quand je suis parti, Félix m'a regardé droit dans l'oeil par le trou de son beignet, et il a dit :&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;- Tu es moins bête que tu en a l'air.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;                                                                      ***&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Il y avait un monstre sous mon lit, il m'empêchait de dormir. Il suffisait de tendre l'oreille et d'arrêter de respirer pour l'entendre pianoter des rythmes impatients sur le parquet, du bout de ses gros doigts bleus. Lui non plus ne dormait pas, il se retournait sans cesse et poussait de temps à autre par dessous le matelas, pour vérifier que j'étais bien éveillé. Il monopolisait la salle de bains pendant des heures, j'entrais pour me doucher et voyais sa silhouette énorme onduler derrière le rideau, alors qu'il chantait des comptines idiotes de sa voix de stentor. Son odeur de marshmallow grillé me suivait partout, j'en avais la nausée, dès les premières lueurs de l'aube jusqu'à l'heure du coucher. S'il me laissait un sursis, c'était pour mieux revenir bourré au milieu de la nuit, accompagné d'une ou deux créatures de son espèce qu'il culbutait bruyamment et sans pudeur. Ensuite, il foutait tout le monde dehors et restait longtemps à la fenêtre, sa tête à claques posée sur le poing dans la faible lumière de la lune. Il regardait  par dessus les toits avec une sorte de nostalgie douloureuse, et lâchait un soupir tempétueux chaque fois qu'il sentait que le sommeil m'emportait.&lt;br /&gt;J'échafaudais des plans complexes pour chasser la chose, mes yeux rougis de fatigue et de fureur écarquillés dans la pénombre, et je renonçais. Il était bâti comme quatre hommes, et pouvait allonger ses membres à volonté pour aligner une mandale, j'étais maigre et épuisé. En supposant qu'il baisse sa garde, assez longtemps pour me permettre de placer un coup, j'aurais pu m'enfoncer dans sa mélasse jusqu'au coude, et ne plus jamais m'en extirper. Pire, je n'aurais su ou frapper, son corps perpétuellement fluctuant ne présentait aucun point faible, aucune vulnérabilité. J'avais une belle paire de voisines, blondes et indolentes, que j'aimais regarder prendre le soleil, en buvant mon café le matin. Quand elles ont aperçues ma face de craie, mes cernes noires comme d'atroces virgules morbides, elles ont filé sans demander leur reste. Je prenais toute la mesure de ma peine à la vue de leurs transats orphelins, encore imbibés de crème solaire. Je savais que le crépuscule allait me livrer à mon monstre, il n'y avait aucune issue. La situation était critique, je sentais mes forces me quitter doucement et je ne pouvais en parler à personne sans risquer qu'on me passe la camisole. J'ai essayé de penser à autre chose, j'ai voulu me consacrer entièrement à mon travail au supermarché, mais c'était devenu impossible. Les gens venaient de partout pour se recueillir et pleurer, à l'endroit exact où la cage avait réduit Crèvecoeur en panade pour édenté. L'hologramme était programmé pour tirer sa révérence humblement, et tournait en boucle, jusqu'au moment où ses circuits imprimés ont grillés sous le flot lacrymal. Il n'affichait plus qu'un puzzle confus où se superposaient les nez,  les yeux, les bouches entrouvertes, ça foutait les jetons à tout le monde et on a du l'euthanasier. Un sondage alarmant, réalisé sur l'ensemble des employés, indiquait une baisse du moral de l'ordre de deux cent pour cent. Sur mon passage, des voix s'élevaient, de plus en plus fortes et précises, on me détestait pour avoir fait entrer le petit loup qui était la cause de tout ce marasme. On regrettait tout haut le temps béni de la potence et de la chaise électrique, on m'y attachait en pensée. La musique poussait tout le monde à bout, des nappes de violons sirupeuses qui nous vrillaient l'âme huit heures par jour,  en dolby surround. J'ai reçu une lettre succincte qui signifiait qu'on se passerait de mes services, désormais. Au bas de la page, le paraphe pressé de Gauthier Poets était parfaitement reconnaissable.&lt;br /&gt;Je n'osais plus rentrer chez moi, j'ai voulu dormir dans la rue avec un chien et son clochard. Il y avait une vieille tordue qui était connue pour hanter le quartier, sa peau craquelée était couleur de trottoir, et ses sourcils hérissés lui faisaient comme une rangée de cils supplémentaire. Elle vous saisissait par la manche sans prévenir, si vous l'approchiez, et gueulait, “VOLEUR, VOLEUR !” jusqu'à extinction de voix. Les touristes terrifiés lui jetaient leur monnaie dans l'espoir de l'apaiser, elle redoublait de colère et ripostait avec une volée de miasmes corrompus. Mon teint spectral et ma barbe d'une semaine faisaient illusion, j'ai vidé quelques litres de bière bon marché, pour parfaire l'imposture. Soudainement, mes problèmes étaient loin, tout le monde était très beau et je m'endormais serein dans un cocon de papier journal. Je me réveillais au son des pièces qui s'entrechoquent dans un gobelet, mon monstre était là, il s'était adapté. Si les autres avaient pu le voir, ils lui auraient donnés tout ce qu'ils avaient, tant il avait l'air sincèrement misérable. Je fulminais. Un jour, n'y tenant plus, j'ai pris mon monstre par une partie molle de son corps plasticine, pour lui dire ses quatre vérités. J'étais au bord des larmes, j'aurais voulu qu'il paye pour mes heures de sommeil perdues, je n'oserais retranscrire ici les horreurs que je lui ai dites. Je me suis vu marteler sa poitrine immense de mes poings, comme un enfant. Il riait.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;- Qu'est-ce que tu veux de moi? Dis-moi qu'est-ce que tu me veux!&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;A ces mots, il a tiré d'une poche gélatineuse un masque élimé de luchador, vert et or, qu'il a aussitôt enfilé. Je le reconnaissais sur le champ, ce regard d'acier, cette moustache flamboyante, cette musculature hypertrophiée. C'était l'Irlandais, le lutteur légendaire, mort d'une overdose au siècle dernier. C'était l'Irlandais qui se tenait là devant moi, et il voulait me raconter son histoire. Il s'était battu contre les plus grands de son temps, il avait vécu une vie de fumeur de bâtons de chaises, décliné en posters, en figurines articulées, en paquets de céréales chocolatées, sacré six fois champion du monde, adulé. Il avait fait le tour du monde, jet privé, on peut dire qu'il lui ont mis la gosse pratiquement sous le nez, ils connaissaient sa faiblesse. Ils l'ont habillée en hôtesse de l'air. Vous reprendrez du Bordeaux, monsieur l'Irlandais? Flagrant délit de viol plané, les photos de son cul blanc entre les cuisses de l'hôtesse font le tour du monde en sens inverse, s'échangent à prix d'or et déclenchent le raz-de-marée. L'irlandais sali plaide la folie et purge cinq ans, il n'est plus que l'ombre de lui-même. Il crève seul et malheureux au fond d'un bistrot.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;- C'est pour me raconter ça que tu es revenu d'entre les morts, c'est pour ça que tu m'as pourri la vie tout ce temps?&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Il n'a pas répondu tout de suite, simplement, il a tendu un menton dédaigneux vers le clochard qui dormait.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;- Tu crois qu'il l'aime, son chien? Moi je crois qu'il veut juste avoir de l'autorité sur quelqu'un.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Mon monstre était vraiment un gros con.&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/950988953877359822-2665289114212867388?l=sundaymoncul.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/950988953877359822/posts/default/2665289114212867388'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/950988953877359822/posts/default/2665289114212867388'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://sundaymoncul.blogspot.com/2008/08/roman-chapitre-3.html' title='Roman : Chapitre 3'/><author><name>Renaud Brébant</name><uri>http://www.blogger.com/profile/05719051777876552223</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='20' height='32' src='http://2.bp.blogspot.com/_F4n6-qVMhBw/Sj5plOYR_VI/AAAAAAAAAEA/yfPSwwy2mZA/S220/ntt.JPG'/></author></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-950988953877359822.post-208338199291156882</id><published>2008-08-04T10:25:00.000-07:00</published><updated>2008-10-02T05:16:34.693-07:00</updated><category scheme='http://www.blogger.com/atom/ns#' term='L&apos;île dérobée (titre provisoire)'/><title type='text'>Roman : Chapitre 2</title><content type='html'>Mon père a toujours été un homme qu'on pourrait qualifier de singulier, il semblerait que ses secrets soient destinés à rester enfouis avec lui, dans sa tombe. Mes sœurs et moi avons très peu de souvenirs de l'époque où il nous faisait sauter sur ses genoux, partait de bonne heure au travail et revenait avec le soir, accablé d'une saine fatigue. Les enfants cessaient de l'amuser dès qu'ils étaient en mesure d'articuler quelques mots, et que naissait de ces poupées de chair une personnalité qui lui apparaissait étrangère, éventuellement nuisible. Il avait coutume de passer l'essentiel de son temps libre dans la bibliothèque, à l'étage, et demandait à ce qu'on ne le dérange sous aucun prétexte. C'était un bordel sans nom, où même la lumière n'osait pas pénétrer, chaque jour mon père l'alimentait en livres qu'il dénichait à gauche, à droite, ensuite on ne le voyait plus jusqu'au souper. Je crois, je sais qu'il a aimé ma mère car au fond des tiroirs, ils se livraient en cachette à des étreintes dont la sincérité était visible. Elle était légère comme l'air dans sa robe à motifs, lui était beau comme un christ dans sa chemise fleurie. Tous deux adressaient au photographe un regard plein de malice, qui défiait l'avenir. Quinze années de vie commune et trois grossesses consécutives avaient fini par les plonger dans un mutisme forcené, leurs voix se sont éteintes doucement, j'imagine, à mesure qu'on les sollicitaient de moins en moins. Et puis, le silence, ou presque. Ma mère s'endormait toujours au même moment, pendant le journal de vingt heures, les somnifères lui faisaient comme un masque, impressionnant de sérénité. Chaque fois que les morts s'invitaient dans la télévision, Isabelle se chargeait de poser sa main sur mes yeux, interminables secondes dans le noir au son des bombes et des kalashnikovs.&lt;br /&gt;Il y a eu cet été plus chaud que tous les autres, on voulaient s'asperger d'eau fraîche, laquelle était immédiatement portée à ébullition par un soleil implacable, qui s'insinuait partout. La sueur traçait subtilement les reliefs des seins naissants de mes sœurs, on se déplaçait le moins possible, au ralenti. La matinée s'achevait, les dessins-animés cédaient la place à un quelconque jeu télévisé, parfaitement inintéressant, je m'ennuyais comme seuls les enfants peuvent s'ennuyer. Bien sûr, nos parents manquaient à l'appel, ma mère trimait pour deux depuis que mon père avait décidé de se consacrer exclusivement à son activité de lecteur compulsif. C'est l'ennui qui m'a donné l'envie de pousser la porte de son antre, sur le coup de midi, l'ennui et sans doute aussi la curiosité. La pièce était éclairée par une simple ampoule, il y régnait une chaleur tropicale, épaisse et moite, malgré les volets fermés. Sur le sol, les étagères, le bureau, des livres étaient empilés à hauteur de poitrine, et au milieu, mon père. Il avait passé la nuit à lire tout ce que le vingtième siècle avait donné de poètes, vivants et morts, tout Mansour et tout Bukowski, et tout ce qu'il y avait entre les deux. Il avait tout lu et il en mourrait, son visage méconnaissable évoquait l'agonie et l'état post-coïtal, et aussi quelque chose de différent, d'indéterminé. Il tirait sur une cigarette aux trois quarts consumée, indifférent aux cendres qui pleuvaient sur les pages, les yeux presque clos derrière son suaire de fumée. Autrefois, ses clopes avaient toutes un goût et une signification particulière, depuis qu'il avait renoncé à la parole, elles s'enchaînaient sans distinction entre ses lèvres. Mon père respirait uniquement quand il ronflait. Au bout d'un moment, il a pivoté sur sa chaise pour me faire face, et c'était comme s'il me voyait pour la première fois. Ou alors, il regardait au-delà de moi, une personne indistincte qui aurait été là, avec nous, qui aurait occupé autant de place dans l'air, et il s'est mis à parler. Il semblait qu'il ne voudrait plus jamais s'arrêter. Il parlait et on sentait que ça le foutait en rogne, et aussi que ça le tuais un peu.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;- Tu sais ce qui cloche avec ces poètes? Ils s'aiment trop, voilà ce qui cloche. Ils s'aiment trop et ils voudraient nous faire croire qu'ils ne s'aiment pas, c'est pire, ils voudraient nous faire croire qu'ils sont les seuls à savoir aimer, comme si on étaient des sortes d'incapables, tu comprends ce que je veux dire? Des sortes d'incapables qui s'imaginent savoir aimer, savoir comprendre, et qui ne savent rien, tous les mêmes ce sont tous les mêmes, et moi j'en peux plus, tu comprends? J'en peux plus de ces poètes - tous les mêmes - , qui savent tout et qui croient nous apprendre, à nous, nous qui ne sommes pas poètes, à vivre la vie, merde ! Moi ce que je veux, ce que je veux c'est lire un poème d'un type qui ne s'aime pas, qui n'aime personne, je veux lui arracher ses poèmes à ce type qui déteste ses poèmes, et lire ! Je veux lire le poète de la mer qui ne sait pas nager, et le poète des femmes homosexuel, celui qui a peur de sa femme qui dort comme une vache, je veux lire ça, merde ! Même ceux qui écrivent mal, ils s'aiment, même ceux qui n'écrivent pas, ils s'aiment tellement, oh merde foutus poètes vous êtes parfaits, c'est ça vous êtes parfaits et vous avez compris, foutus poètes de merde...&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Il a continué comme ça pendant cinq bonnes minutes, peut-être plus longtemps encore, je cherchais à tâtons le bouton de la porte derrière moi. J'étais persuadé d'être entré dans une sorte de cauchemar absurde, au moment où j'avais franchi le seuil de la bibliothèque. Quand il a eu fini, il paraissait épuisé comme s'il sortait d'une lutte à mort avec une hydre démesurée. Alors, d'un geste las, il a remplacé sa cigarette par une autre, et m'a libéré d'un :&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;- Laisse-moi maintenant. Il faut que je réfléchisse à tout ça.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Je suis retourné m'asseoir devant la télévision, une énorme dame aux joues roses venait de remporter une somme d'argent plus grosse encore, et pleurait. On ne m'avait donné aucun dieu à prier pour que la vie retrouve sa torpeur silencieuse, celle d'avant que mon père ne parle. Je voyais mes sœurs se pousser des fesses à la fenêtre, se tordre le cou pour voir passer le beau garçon du coin, elles ignoraient tout de la tempête qui faisait rage dans la tête de notre père. Il avait voulu m'entraîner dedans. J'attendais que quelque chose se passe, je me suis surpris à trembler malgré moi, sans savoir exactement de quoi j'avais peur. J'ai attendu des heures, sans bouger d'un cil, la sueur faisait son chemin dans mon dos, et le long des jambes.&lt;br /&gt;Le soir a fini par arriver, et ma mère aussi. Elle est montée avec un plateau de nourriture. Dans la maison du silence, un cri immense a retenti.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;                                                                                  ***&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Résumé : c'est une île perdue quelque part dans le pacifique, qui n'apparait sur aucune carte et dont personne ne connaît le nom. Des kilomètres de plage vierge la ceinturent en douceur, et à l'intérieur des terres, une forêt d'arbres fruitiers apporte l'ombre aux membres de la communauté. Celle-ci se compose exclusivement de femmes à la peau plus ou moins sombre, fleurs sauvages à l'haleine parfumée de coco sucrée. Une eau de jouvence, qui jaillit du ventre de la terre en geyser, maintient leur beauté et leur fraîcheur intactes depuis plusieurs millénaires. Elle se boit glacée au creux des mains et fait l'effet d'un aphrodisiaque puissant, c'est pourquoi les femmes de l'île vivent nues. Certaines s'habillent de feuilles de palme, à l'occasion, pour le plaisir de les voir aussitôt arrachées. Parfois, elles recueillent des oiseaux mazoutés échoués sur la plage, les rincent à l'eau pure de l'île et les renvoient au ciel. Une grande fête est organisée, tout le monde fait l'amour jusqu'à en avoir mal et s'endort. Un jour, la mer accouche d'une créature d'un autre genre, tout en poil et en muscle, un homme. J'avais douze ans, un appareil dentaire qui débordait de ma bouche et une sainte horreur des livres, mais j'étais cet homme, et c'était mon île. C'est à moi qu'incombait la responsabilité de faire découvrir à ces femmes les facettes cachées de leur sexualité. La deuxième partie du roman incluait une quête initatique à la recherche d'un trésor légendaire, lequel n'existait pas mais faisait prendre conscience au protagoniste de la véritable valeur de la vie. Tout était merveilleusement excitant.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;J'ai toujours refusé de les accompagner au cimetière, l'idée de converser avec mon père composté sous la pierre me faisait froid dans le dos. Son souvenir était le plus vif au milieu des livres qui l'avaient tués, dans l'odeur de tabac froid que rien ne pouvait dissiper. C'est là qu'attendait mon île, parmi les livres, quelques centaines de pages qui allaient me poursuivre pour le reste de mon existence. Ce soir-là, le journal de vingt heures m'apprenait la jalousie. Je n'étais pas le seul naufragé sur cette île sans nom. Nous étions des millions.&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/950988953877359822-208338199291156882?l=sundaymoncul.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/950988953877359822/posts/default/208338199291156882'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/950988953877359822/posts/default/208338199291156882'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://sundaymoncul.blogspot.com/2008/08/roman-chapitre-2-partie-1.html' title='Roman : Chapitre 2'/><author><name>Renaud Brébant</name><uri>http://www.blogger.com/profile/05719051777876552223</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='20' height='32' src='http://2.bp.blogspot.com/_F4n6-qVMhBw/Sj5plOYR_VI/AAAAAAAAAEA/yfPSwwy2mZA/S220/ntt.JPG'/></author></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-950988953877359822.post-1527915212016709667</id><published>2008-07-26T13:23:00.003-07:00</published><updated>2008-10-02T05:16:48.804-07:00</updated><category scheme='http://www.blogger.com/atom/ns#' term='L&apos;île dérobée (titre provisoire)'/><title type='text'>Roman : premier chapitre</title><content type='html'>J'ai du pousser les étagères contre les portes pour empêcher la foule de les défoncer avant l'ouverture, fixée à huit heures pétantes. Il y avait là tout ce que la ville pouvait offrir de visages disparates, rougis d'impatience et de ferveur incontenue, qui se pressaient contre les vitres comme des zombies dans un film de Romero. Certains étaient restés la nuit entière sur le trottoir, dormant d'un œil sous leur manteau ou faisant les cent pas, en récitant un mantra composé des plus belles pages du maître. Félix était prêt, lui-aussi, son mètre trente dressé en signe de défiance, plus déterminé que jamais sous sa casquette à hélice, une arme de destruction massive entre les pognes. Le fusil était du type Super Soaker, le modèle de 92, bardé d'autocollants en tous genres et chargé d'une solution moitié chlore, moitié moutarde. Il avait beaucoup grandi. J'ai pensé avec tendresse à notre première rencontre, moi qui brûlait le goudron au volant d'un cabriolet de location, lui qui cuisait au soleil sur le bas-côté. Ce petit garçon aux yeux profonds, je l'ai trouvé attaché à une borne kilométrique, noir de gaz, traçant avec d'infinies précautions des cercles parfaits dans la terre. Quand je lui ai demandé ce qu'il dessinait, il a simplement répondu : « la vérité vraie ». Il n'en voulait pas à ses parents, avouant volontiers avoir été de plutôt piètre compagnie, ces six dernières années, tout absorbé qu'il était à la réalisation d'un projet qui transcenderait l'essence même du beau et du sacré, ce sont ses mots. Je lui ai offert des vacances d'exception, deux semaines pour longer la côte d'un pays où l'on parle une langue charmante et nasale, où l'on élève jamais la voix. L'autoradio nous donnait des nouvelles de la route avec un enthousiasme invariable, embouteillage mineur ou accident mortel. Pendant que j'explorais les fonds marins à la recherche de poissons gras à harponner, Félix restait sur la plage en sifflant des cocktails qu'il cherchait à me dissimuler, en vain. Lors des soirées dansantes, il s'entichait toujours de femmes mûres qui buvaient assises, et portaient leur mélancolie avec élégance. Bien sûr, ces histoires étaient sans lendemain, il y avait toujours un moment où elles s'arrêtaient de l'écouter pour lui gratter le menton, rentrer sa chemise dans son pantalon ou étaler de la pommade antitussive sur sa nuque.&lt;br /&gt;Sonnent huit heures, les portes du supermarché sont comme soufflées sous l'impulsion des dévots, ils étaient mille et plus à pousser de concert, une lueur de démence allumée au fond des yeux. J'ai du me faire violence pour résister à l'envie de me joindre à l'hystérie collective, moi qui tenait Jean-Loup Crèvecoeur pour le plus grand pornoscribe que la terre ait jamais porté, moi qui m'endormait chaque soir en rêvant à son île. Félix fut rapidement débordé, à peine avait-il craché son premier tir de barrage qu'une mère de famille le renversait, profitant d'un moment d'inattention alors qu'il remplissait le réservoir. Quelque part entre le rayon charcuterie et l'espace livres, où se déchainait déjà la horde, Gauthier Poets se frottait les mains. En retard comme à l'accoutumée, cintré à la perfection dans un costard de circonstance, il se récitait tout bas les titres d'articles élogieux encore à écrire. Jean-Loup Crèvecoeur enflamme les supermarchés Poets, plutôt, les supermarchés Poets s'enflamment pour Jean-Loup Crèvecoeur, le mariage fécond du supermarché que toute la famille préfère et de l'écrivain au succès planétaire, pour l'amour de la littérature, évidemment. Gauthier Poets ne marchait pas, il flottait à dix centimètres au dessus du sol, encore une minute, Gauthier Poets chantait, sa belle voix d'homme comblé résonnant dans les frigos au rayon frais, un air claironnant de victoire et de satiété. Rien n'était trop grand, ni trop beau pour faire de cette simple séance de dédicace un événement dont on se souviendrait avec émotion, des années durant. On avait fait venir de l'est un quintet de filles d'impeccable plastique, dorées à point sous ultraviolets. Trois d'entre elles étaient perchées dans des cages en suspension, les autres serpentaient de haut en bas sur une barre verticale, discrètement aimantées par la taille. A l'entrée du stand, un hologramme géant à l'effigie du romancier semblait vous inviter à  pénétrer son univers, une cigarette inextinguible soudée au bec. Les plus illuminés s'arrêtaient pour baiser ses pieds sans consistance, d'autres se faisaient prendre en photo à ses côtés. On avait aussi dégagé le rayon poésie qui prenait la poussière, remplacé par un mur d'enceintes fort imposant : une symphonie à la fois baroque et exotique, d'une sensualité presque insoutenable. Enfin, surplombant la scène, un écran digital affichait le compte à rebours avant l'arrivée du maître. Chaque fois qu'une minute s'écoulait, plusieurs canons à confettis lâchaient simultanément une pluie multicolore de papier crépon, sous les exclamations de la foule galvanisée.&lt;br /&gt;Plus que trente secondes, la musique montait encore d'un cran, les danseuses s'épuisaient jusqu'à frôler la syncope, la chaleur qui régnait rappelait les étés torrides décrits par JLC. Deux, un, zéro. Il est monté sur scène comme un boxeur, tempes grisonnantes de bel esprit, coincé entre une paire de gorilles à lunettes noires et oreillettes. Il s'est débarrassé de son pardessus d'un geste décontracté, découpé façon stroboscope par les flashes en mitraille. On avait tous le souffle coupé devant tant de prestance naturelle, tant de superbe tranquille. Il parlait et sa voix n'était qu'amour, chaque inflexion déclenchait parmi nous une vague d'érections spontanées, les femmes commençaient par piquer un fard puis devaient se résoudre à se caresser, oubliant totalement la présence des autres autour. Avec des mots savamment choisis, Jean-Loup remerciait ses lecteurs qui l'avaient soutenu depuis le premier tome, et les femmes -un soupir extatique s'échappe d'une moitié de l'assemblée- qui étaient ses inspiratrices, toutes les femmes ! C'était un orateur hors-pair. Le destin avait fait de lui un écrivain, s'il avait choisi de faire carrière dans la politique, son charisme l'aurait sans doute propulsé parmi les plus puissants de ce monde. Ce jour-là, tout poussait à croire qu'il n'en était pas si loin. Un documentaire retracant les épisodes marquants de sa vie fut projeté, un filtre jaune tressautant y avait été appliqué, pour forcer la nostalgie des coeurs imperméables. On a ri quand le petit Jean-Loup, âgé de six ans, découvrait avec stupeur l'iceberg mousseux de son sexe, émergeant de l'eau du bain. On a écrasé une larme en le regardant subir la fessée d'une mère acariâtre, au motif qu'il soulevait les jupes de ses jolies cousines. Adolescent,  il tirait un penalty décisif lors d'un tournoi inter-écoles, en raflant au passage l'attaquante pulpeuse de l'équipe adverse. C'est elle qui lui inspira son premier opus, un roman de jeunesse inédit qui, selon ses biographes, portait déjà en germe l'érotisme furieux de sa série phare.  Vint le moment tant attendu des dédicaces, les fanatiques se sont enfilés à l'indienne et à contrecœur, visiblement intimidés par  les deux patibulaires qui faisaient rouler leurs biceps. L'auteur s'est plié au jeu avec force patience et professionnalisme, s'accordant même quelques plaisanteries de bon ton, cabotin sans forcer. Il posait docilement pour une photo, son sourire immaculé entre parenthèses de ses deux pouces levés, quand c'est arrivé.&lt;br /&gt;L'ombre s'est agrandie autour de lui. Les cents kilos de la cage en métal, les quarante de la danseuse sont venus se fracasser sur la scène, dans un boucan de tous les dieux. Partout, les gens se jetaient au sol et se couvraient la tête, les cris montaient de part et d'autre, à la mesure de la surprise. Les autres danseuses se faisaient très mal en cherchant à se libérer de leur harnais. Figés par une ironie cruelle, seuls les pouces levés de Crèvecoeur dépassaient de l'enchevêtrement de fer et de bois. Je restais bouché bée. J'ai levé les yeux vers le plafond pour apercevoir Félix qui descendait tranquillement le long de l'échafaudage, à peine s'il sifflotait. Il avait troqué son flingue contre une petite scie à métaux qu'il portait à l'épaule, et jetait à présent un regard désabusé sur le chaos en contrebas. Je me suis giflé pour m'assurer que je ne rêvais pas.  Deux fois. Dans un formidable réflexe journalistique, les flashes se sont remis soudainement à crépiter en direction de la scène, puis vers Félix, alternativement. Les cris ont laissés place aux pleurs, une complainte assourdissante qui emplissait tout l'espace et vous déchirait le cœur. J'ai pleuré, moi aussi, pleuré à en oublier que la foule allait bientôt se tourner vers le gosse pour le mettre en pièces. La police est arrivée juste à temps pour empêcher le massacre, ils ont empoignés Félix et l'ont jeté à l'arrière d'une voiture, les mains libres car les menottes faisaient trois fois le tour de ses poignets. Il ne manifestait pas la moindre émotion, tripotant distraitement la fermeture éclair de son sweat-shirt tandis que les portières claquaient sur lui.&lt;br /&gt;Tout en répondant aux questions des journalistes, Gauthier Poets se frottait les mains. Il avait déjà une idée très précise du prix qu'il fixerait pour l'entrée du mémorial.&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/950988953877359822-1527915212016709667?l=sundaymoncul.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/950988953877359822/posts/default/1527915212016709667'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/950988953877359822/posts/default/1527915212016709667'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://sundaymoncul.blogspot.com/2008/07/premier-extrait-de-roman_26.html' title='Roman : premier chapitre'/><author><name>Renaud Brébant</name><uri>http://www.blogger.com/profile/05719051777876552223</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='20' height='32' src='http://2.bp.blogspot.com/_F4n6-qVMhBw/Sj5plOYR_VI/AAAAAAAAAEA/yfPSwwy2mZA/S220/ntt.JPG'/></author></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-950988953877359822.post-7934843581056188083</id><published>2008-07-09T09:02:00.000-07:00</published><updated>2008-10-02T05:17:10.880-07:00</updated><category scheme='http://www.blogger.com/atom/ns#' term='nouvelles'/><title type='text'>Tous les soirs elle me dit fais de beaux rêves</title><content type='html'>Tous les soirs elle me dit fais de beaux rêves, et bien souvent je la prends au mot, les nuits s’écoulent sereines et j’ignore tout du temps qui passe derrière les rideaux. Vendredi devenait Samedi quand je nous ai rêvé assis, dans un salon identique au sien, à l’exception des couleurs qui juraient et bavaient. Son visage était comme grimé au pastel, ses cheveux parsemés de brindilles, de débris, de poussières. Le temps d’un battement de cil, il était lisse comme un cul, sans orifices ni aspérités. Je ne pouvais pas l‘en avertir, car elle était dépourvue d’oreilles, le son de ma voix se heurtait à la densité de sa peau, me revenait en un mugissement méconnaissable. J’ai du m’extirper de ce cauchemar comme d’une eau noire et profonde, j’ai crié peut-être, et quand enfin j’ai ouvert les yeux, l’image était encore vive, au point de se superposer à ma vision. Les chiffres en bâtonnets sur l’écran vert du portable confirmaient qu’il était beaucoup trop tard, ou beaucoup trop tôt. Retourner au sommeil était inconcevable, j’ai glissé en silence jusqu’au salon pour rallumer un mégot brun, au dessus du boulevard vide. En bas, les feux passaient encore du rouge au vert, et inversement, pour personne si ce n’était le vent de la nuit. C’est le moment que j’ai choisi pour penser à la mort inéluctable, celle violente, administrée par les tueurs d’un jour ou de toujours, et celle qui avance masquée, en cancer, en tumeurs, en dépression nerveuse. Le soleil avait toutes les peines du monde à se lever, à moitié mangé par la silhouette d’un immeuble, et j’ai prié au hasard pour qu’il se dépêche. Son chat est venu ronfler entre mes chevilles, donner des coups de tête amoureux et se vautrer, lui qui n’avait pas d’horaire et se foutait des angoisses humaines. Peur du noir. Sur les murs de l’appartement, tout était mouvant, une matriochka de papier glacé semblait m’adresser son sourire à l’envers, carnassier. Le ronronnement du chat s’est fait assourdissant, sa parade insistante, un peu obscène finalement. J’ai allumé la radio en sourdine, un air de bossa-nova grésillant pour faire reculer la nuit, vieille dame autoritaire au double visage. La nuit capitulait, je dormais.&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/950988953877359822-7934843581056188083?l=sundaymoncul.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/950988953877359822/posts/default/7934843581056188083'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/950988953877359822/posts/default/7934843581056188083'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://sundaymoncul.blogspot.com/2008/07/tous-les-soirs-elle-me-dit-fais-de.html' title='Tous les soirs elle me dit fais de beaux rêves'/><author><name>Renaud Brébant</name><uri>http://www.blogger.com/profile/05719051777876552223</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='20' height='32' src='http://2.bp.blogspot.com/_F4n6-qVMhBw/Sj5plOYR_VI/AAAAAAAAAEA/yfPSwwy2mZA/S220/ntt.JPG'/></author></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-950988953877359822.post-5516251784669286240</id><published>2008-07-07T09:08:00.000-07:00</published><updated>2008-11-04T12:39:17.968-08:00</updated><category scheme='http://www.blogger.com/atom/ns#' term='nouvelles'/><title type='text'>L'apocalypse expliquée à mon fils de sept ans</title><content type='html'>Note : Ce texte a pour base le poème "Après la fièvre", disponible à la lecture sur Nympho.&lt;br /&gt;-------------------------------------------------------------------------------------------&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;J'ai dit "l'homme est un loup pour l'homme" comme mon père l'avait dit avant moi, c'est ce genre d'inepties qu'on peut dire dans l'urgence quand ça commence à sentir le soufre, ou quand ça sent comme le ventre du métro aux heures de pointe, ce jour-là ça sentait comme ça. On a vu les immeubles crever l'un après l'autre et dégueuler de l'argent sale en flot continu, des yuppies décravatés se faire la malle en bicyclette, sans les mains. Ceux qui s'essayaient à saisir un billet au vol étaient immédiatement consumés par une langue de feu orange émanant du noyau même de la terre. Je suis longtemps resté hanté par le souvenir des visages noircis, figés dans une grimace d'hilarité et de terreur mêlées, tandis qu'ils serraient encore le papier contre leur cœur. Enfin ça c'est ce dont je me souviens, d'autres te diraient peut-être autre chose, qu'est-ce que je sais moi. Je pourrais dire que j'avais les cheveux au vent quand j'allais voir ta mère sur ma mobylette Peugeot, que ça faisait comme un drapeau d'amour pour tous ceux qui me croisaient, que j'ai des coups de soleil sur le crâne à cause des shampoings, des après-shampoings, j'te dis que c'est du sperme de baleine, du sperme de baleine. On était jeunes à part ceux qui étaient vieux, ça nous posait pas vraiment de problème à nous, que la mer soit montée jusqu'ici, à part ceux qui vivaient sous les ponts, à part les pigeons qui ne pouvaient plus souffrir les mouettes, ces pétasses hystériques. A un moment, il y a eut comme un malaise quand tous les évadés du bagne ont marchés de front sur nos trottoirs salés, le nez en l'air et la mine réjouie. On a fini par comprendre qu'ils avaient tout oublié, les vols et les viols et les meurtres, les plus petites choses aussi, qu'ils étaient comme des mômes lâchés dans le plus grand parc d'attractions du monde. J'en ai vu un rougir et pouffer dans sa barbe en découvrant les seins nus d'une sirène sur son biceps tatoué. On avait pas mangé depuis très longtemps, depuis que le ciel s'était ouvert dans le feu d'une aurore musicale, depuis que le soleil était descendu à hauteur d'homme et refusait de se coucher. Au marché flottant, j'ai acheté d'occasion un viennois de belle taille, ému par la marque humide des mâchoires de sa précédente propriétaire, qu'on m'assurait fort jolie. Parfois, un courant nous poussait sur nos radeaux de fortune, à travers les fenêtres jusque dans les habitations. On y croisait pêle-mêle, des animaux de compagnie affranchis, toute une panoplie d'ustensiles et d'objets dont on avait oublié la fonction, un certain nombre d'amants emmêlés, confondus par la montée des eaux. On a vu des présidents directeurs généraux sans domicile fixe appeler compulsivement leur secrétaire sur des portables rincés, et se prendre un coup de jus. Un coffre-fort éventré cracher sans retenue des secrets d'état, le pneu qui ne crève pas, les bas qui ne filent pas, le profil psychologique et les mensurations du petit gris de Roswell. Alors? Alors nos bagnoles étaient gorgées de corail, on allaient tous nu-pieds et l'alien avait mauvaise haleine. Quelqu'un a dit "il faudra tout reconstruire !", et on ne pouvait qu'être d'accord puisqu'enfin la mer dégonflait à vue d'œil, charriant ce qu'il restait de béton, d'acier et de panneaux publicitaires, comme cette beauté informatisée sans âge ni sexe, qui souriait encore malgré les premiers signes du pourrissement.  Avec les tonnes de cocaïne mouillée qui dégorgeaient des écoles de commerce, on a fait du ciment pour nos bicoques en découvrant par hasard ses propriétés isolantes, tout à fait inouïes. On vivait, on dormait parfois sous ce soleil insomniaque et on pouvait dire qu’il faisait partie de la famille, finalement, lui qui dispensait sa chaleur sans rien demander en retour, colorait nos peaux d’un hâle subtil et changeant. C’est-à-dire qu’il n’y avait plus vraiment de genres ni de races à proprement parler puisqu’on pouvait s’attendre à changer d’une heure à l’autre, du tout au tout. Comment te dire, je me souviens d’un colonel dont le teint blafard était la plus grande fierté, il s’est réveillé noir de noir, presque bleu, avec une formidable toison frisée qui lui tombait jusqu’aux fesses.  En voyant son reflet, dans les décombres de la grande tour de verre, il est parti dans un fou-rire incontrôlable qui continue encore aujourd’hui. A un moment, un type s’est mis à marteler sur des bidons avec une paire de bouts de bois, un autre à produire un curieux raclement de gorge en réponse et encore un autre a gratté la tôle avec un vieux peigne à cinq dents. On avait inventé la musique, tu comprends? Et le soleil complice pulsait en rythme, se laissait aller à quelques révolutions hasardeuses, avec le recul je dirais qu’il nous niquait les yeux à clignoter comme un néon en fin de vie mais on s’en foutait, pourvu que la musique ne s’arrête jamais, pourvu que cette magnifique journée ne finisse jamais. Au bout d’une dizaine d’heures cependant, au cours desquelles on s’est relayés jusqu’au crescendo final, à tirer des larmes aux pierres mêmes, un homme s’est hissé au dessus des autres en gesticulant pour obtenir le silence. C’était un petit bonhomme plein de bonne volonté, malgré les algues dans ses cheveux et les crabes dans ses poches, qui parlait comme un livre, qui avait des idées et des projets, et qui voulait comprendre. Comme tout le monde faisait un peu la gueule, il s’est tourné vers le ciel, les bras en coupe, pour demander à son dieu de nous montrer la lumière. C’est là qu’un chion lui a pigé droit dans l’œil, sans doute pour se passer les nerfs, chauffés à blanc par l’invasion des mouettes dont je t’ai déjà parlé. Qu’est-ce qu’on a ri! Aux douze portes défoncées de la ville se pressaient une foule infinie de nouveaux arrivants, qui disaient des choses comme « on a entendu de la musique alors on est entrés », des choses comme ça. On était pas contre, tant qu’ils se souvenaient comment construire les cabanes, d’ailleurs certains étaient d’ici, c’est juste qu’ils avaient oublié. Un avion a découpé le bleu en pointillés au dessus de nos têtes, je me suis demandé à quoi pouvait ressembler ce bordel vu des cieux. Les images de la Nouvelle-Orléans noyée remontaient du fond de ma mémoire, les  visages indistincts, minuscules des futurs orphelins, des déjà veufs, ballotés par l’eau qui casse tout, qui ne fait de quartier à personne. Je me suis souvenu avoir cherché le paradis au milieu des nuages, le nez contre un hublot. Est-ce que les gosses là-haut faisaient de même, est-ce qu’ils pouvaient comprendre que c’était ici et maintenant?&lt;br /&gt;Si je te raconte tout ça, mecton, c’est parce que tu étais trop petit pour t’en souvenir, un truc même pas encore humain, tu n’imagines pas. Je voulais que tu saches que ce jour-là, cette très longue journée d’été, ou d’automne ou que sais-je, il s’est passé quelque chose de différent. Je voulais que tu saches que les choses peuvent être différentes.&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/950988953877359822-5516251784669286240?l=sundaymoncul.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/950988953877359822/posts/default/5516251784669286240'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/950988953877359822/posts/default/5516251784669286240'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://sundaymoncul.blogspot.com/2008/07/lapocalypse-explique-mon-fils-de-sept.html' title='L&apos;apocalypse expliquée à mon fils de sept ans'/><author><name>Renaud Brébant</name><uri>http://www.blogger.com/profile/05719051777876552223</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='20' height='32' src='http://2.bp.blogspot.com/_F4n6-qVMhBw/Sj5plOYR_VI/AAAAAAAAAEA/yfPSwwy2mZA/S220/ntt.JPG'/></author></entry></feed>
